Elle a une dose de culot, Agnès Yougang! Les mains nues, à peine une caméra à l'épaule, elle s'oppose à la corruption, aux abus des droits humains, aux brimades contre l'approche genre, aux changements climatiques et à une industrialisation anarchique. Les hommes sont, en général, les meneurs de ces maux. Elle leur assène une gifle indirecte. La critique l'avait dèjà vue venir dans les gros sabots d'artiste engagée à la cause des droits humains. Il s'agissait d'une attaque frontale contre la justice populaire. Certes, le plateau de tournage appartient à Prince Dubois Onana. Mais elle apporte son micron militant à Sentence criminelle, d'après un entretien sur http://www.journalducameroun.com/article.php?aid=7645.
Des bols d'oxygène aussi
Des déchets quand même
Une humanitaire à la caméra
La réalisatrice se défend de toute accointance avec mère Thérésa. Cette attitude déclenche un conflit entre l'Homme et l'oeuvre. Elle est avocate des causes perdues dans le documentaire. De manière concrète, le documentaire pose un problème contemporain. Il s’agit des nuisances sonores urbaines. Elles ont lieu dans le 3è, sinon le 4è pole économique du Cameroun. Le pays est en voie de développement. Le bassin d’emplois est inapte à absorber la masse de diplômés des universités. La débrouillardise devient par effraction la voie de sortie. Elle justifie l’installation d’une chaudière dans un quartier de Bafoussam. Or, il ne s’agit pas d’une zone industrielle. Mais le promoteur de la chaudière engraisse l’administration. Elle lui accorde tout, y compris les forces de l’ordre. Les ronrons des moteurs font perdre le sommeil aux voisins. Ils l’échappent belle un jour. La chaudière prise de folie provoque un semi-séisme. La catastrophe humaine secoue tout sur son passage. Les dialogues restituent les souvenirs du sinistre. Les riverains entendent « toup, toup, toup !!! », relate une fillette. Un « top, top, top », captive l’attention des voisins, précise une personne du 3è âge.
Un film grave
Le film est d’une humeur grave. La réalisatrice le signifie dès l’amorce de la production. Un nuage de fumée échappe de la chaudière. La caméra suit le cumulus polluant au gré de ses caprices dans l’atmosphère. Le travail d’Agnès Yougang peut se lire comme un film vert. Les problèmes écologiques persistent. La chaudière charrie des déchets toxiques. L’expansion de l’usine à la raffinerie en rajoute à l’aigreur des populations. Les gros plans des rigoles souillées à la soude caustique provoquent la nausée. Les produits chimiques causent un déséquilibre socio-anthropologique dans le quartier. La rivière perd de sa superbe. Elle subit l’invasion des mauvaises herbes. Il est désormais impossible d’en consommer les eaux. Elles sont un poison. Il donne la mort à tous les époux, confesse une veuve. Le problème posé à ce niveau est celui d’une industrialisation anarchique. Les firmes s’installent. Mais la gestion des déchets ne préoccupe personne. Agnès Yougang s’érige aussi en chantre de la lutte contre la corruption. Elle dénonce même la presse. Les médias sont au courant des tenants et aboutissants de la crise. Mais aucun n’en fait mention. Le documentaire crie à un complot administrativo-judiciaire. L’argentier Fotso a le dernier mot partout. Nul n’écoute la vieille dame.
Des bols d'oxygène aussi
Les férus des films d’action en ont aussi pour leurs comptes. La séquence de la dispute avec les maçons captive. La « mémé » s’arme de cailloux pour en découdre avec les imposteurs. La gendarmerie surprend la querelle. Une voix off parle aux cinéphiles. C’est un plus. En effet, la confession des forces de l’ordre est une gageure.
Maîtrise du sujet humain
Le documentaire est un succès thématique. Mais il exige des retouches garantir un triomphe esthétique. Un fond bleu trahit la qualité des sommations présentées comme pièces à conviction. L’opérateur de prise de vues omet de faire la balance des blancs. Le commentaire dit à la première personne du singulier justifie l’absence du trépied. Cependant, il devient incongru de voir cet instrument traîné derrière les interviewés lorsque débarque la gendarmerie. Si l’on peut comprendre Agnès Yougang dans les scènes de filature vraiment osées, on ne lui pardonne pas de tourner caméra à l’épaule à la rivière ou encore dans le calme de la concession familiale. Par ailleurs, l’humeur de la réalisatrice contraste avec celle du documentaire. Elle renvoie des sourires. Seul celui de la fin semble justifiable. Elle accueille la fille de retour de l’école dans ses bras. L’école est l’une des solutions proposées. Elle enseigne un monde juste et équitable. L’on y apprend surtout les valeurs et les questions citoyennes. Une fois grande, la fillette poursuivra le combat. Mais entre temps, son frère cadet est encore dans la crèche. Le biotope du nourrisson est pollué de soude caustique. Par conséquent, il est mort avant de naître. L’introduction du nouveau-né dans le documentaire séduit les techniciens. La lingerie de bébé est présentée au moins 10 minutes avant. Le spectateur souhaite voir l’enfant en question. Il arrive vers la fin du film.
Des déchets quand même
La post-production mérite révision. La bande son est en stéréo. L’une des pistes enregistre des commentaires de tournage. Il est question de la nettoyer. Par ailleurs, le générique de fin est muet.
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