Au niveau du Mouvement patriotique pour le salut, MPS, le logo perçu dans l’après-midi du 13 mai 2011 à N’djamena est une œuvre d’art. Elle constitue un coup de marketing politique militant au service du parti au pouvoir au Tchad. La représentation du logo de cette formation politique est nationale. Le Tchad dispose d’une superficie de 1294 000 000 km2. D’après le Président, le slogan en appui à cette identité graphique est « en avant-garde de la renaissance tchadienne ». Le slogan soutient trois instruments graphiques. Le premier est un fusil de longue portée. Il était la seule image du logo du parti. Depuis 1996, une daba s’est ajoutée. Elle écrase ledit fusil sous forme de croix.
Les significations secondes du message évoquent la fin du règne des armes à feu au Tchad. Elles mettent en relief l’enterrement de la hache de guerre. En effet, le premier cinquantenaire du pays est le récit des coups d’Etat, des révolutions de palais et d’autres atrocités en série. Par conséquent, la belligérance est une seconde nature au Tchad. Il faut tourner la page. La présence dominatrice de la daba, deuxième icône, transmet le message de l’urgence du retour au travail de la terre. La révolution verte constitue le gage d’un développement durable. Les Tchadiens en ont conscience. A ce titre, ils développent l’agriculture maraichère sur les rives d’un Logone et d’un Chari asséchés. Des petits marchés essaiment à N’djamena. Les étales de fortune ploient sous l’abondance des légumes et des fruits. Les mangues sélectionnées et les pastèques sont plus visibles. Si seulement le millième des fonds utilisés pour l’achat des armes avait été consacré à l’agriculture, les risques de disette souvent signalés par le Fonds pour l’agriculture et l’alimentation, FAO, n’auraient pas tiré la sonnette d’alarme.
C’est un miracle de voir les légumes poussés ici. Le Tchad n’a pas les moyens techniques et financiers d’Israël ou d’Egypte. Ces pays transforment les déserts en terres arables.
L’abondance soudaine du pétrole est un mirage au Tchad. Il s’agit d’une énergie non renouvelable. De ce fait, les puits se videront un jour ou l’autre. C’est presque le cas actuel du Gabon et du Nigeria. Ils sont à la quête des alternatives crédibles à l’épuisement du boom pétrolier. D’ailleurs, la gestion du pétrole relève le plus souvent du pouvoir discrétionnaire des hommes à la tête des pays. Ils n’ont pas l’obligation de rendre compte au peuple.
Le troisième graphique au dessus des deux autres sur le logo du MPS est une flamme triomphante. Elle devrait traduire la torche d’éveil d’un Tchad émergent. Ce stade de développement exige un préalable : l’industrialisation. Elle ne se réalise pas sans énergie. Or l’électricité est rare au Tchad. Les réunions nocturnes se servent davantage du clair de lune. Les citoyens en sont encore à dormir à la belle étoile. La chaleur les chasse de leurs domiciles. Ils ne connaissent ni ventilation ni climatisation.
De toute façon, l’industrialisation du Tchad a besoin de l’appui soutenu de l’économie créative. Cependant, le contenu de politique culturelle est flou dans le programme de développement du Tchad intitulé «en avant-garde de la renaissance ». La renaissance en question est plus économique et moins culturelle. La preuve, N’djamena est le théâtre des coups de pioches. La terre est creusée pour le passage de la fibre optique en provenance du Cameroun. La capitale est remuée dans tous les sens pour la construction d’un second pont sur le Chari par les Chinois.
Le quinquennat de la renaissance était précédé par celui dit « social ». L’un des résultats est la construction d’un hôpital mère-enfant d’envergure. Une fois encore, la culture a souffert de négligence et d’abandon durant le quinquennat social. La preuve, toutes les maisons de la culture au Tchad sont orphelines. Or, le pays ne compte que l’Institut français. Par conséquent, la diffusion de la culture est presque nulle. La seule marque positive est la libre circulation des artistes et des biens. Aucun agent de police ne limite la mobilité des hommes de culture à la frontière. Les gens vont et viennent de part et d’autre du pont. Il faut aller vers les autorités pour obtenir le visa d’entrée avec un sourire en coin contre zéro franc à débourser. Le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon, à cause leur protectionnisme réciproque, ont une leçon à apprendre.
Seulement, les Tchadiens ne partagent pas notre interprétation pacifiste du logo du MPS. Même les artistes regrettent la présence du fusil sur ledit symbole. Il sédimente la violence et le conflit. Les deux réalités restent des données permanentes dans le sub-conscient des Tchadiens. L’opposition du pays critique le fusil. C’est une volonté, soutient-elle, d’entretenir la terreur et de maintenir un régime au pouvoir par la manipulation de la peur et la présentation des outils de la répression armée. A la moindre tentative malheureuse, les balles exploseront la tête des manifestants et des mutins. La daba servira à leur creuser une tombe ou fausse commune, une fois tués. Si cela n’est pas possible, le feu au dessus accordera de les incinérer pour subversion.
Cette contre-lecture n’est pas à négliger. Le Tchad est la république de la Kalachinokov. La place de la nation le démontre à souhait. Les pouvoirs publics l’ont construite à la faveur de la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance tchadienne. C’est un espace moderne en face du palais présidentiel. La statue d’un soldat y donne le salut militaire devant la porte de la présidence. Or, le buste d’un Japhet N’doram assorti d’un ballon, le plus grand footballeur tchadien de tous les temps, en ces lieux aurait mis les citoyens d’accord. Le guerrier semble faire une allégeance éternelle, proche de l’idolâtrie, à Idriss Deby Itno. Cette image contredit l’autre statut opposée. Il s’agit d’un esclave livre. Il a brisé les chaînes de la dépendance.
En réalité, le Président lui-même est un soldat de race. Il a déjà triomphé d’au moins deux mutineries. Ses chances étaient pourtant comptées du bout des doigts. Idriss Deby Itno avait lui aussi montré le bout du canon à son prédécesseur. Il s’agissait de le contraindre à fuir le pouvoir. Hissène Habré s’était alors échappé par le Nord-Cameroun voisin. Le Président déchu a aussi des faits d’arme. Il avait sorti Goukouni Wede du palais présidentiel à l’issue d’un coup d’Etat. Par ailleurs, ses troupes et celles de Kadhafi avaient longtemps échangé les coups de feu pour s’approprier la bande d’Aozou. Le Tchad n’arrive pas à se défaire de l’identité de régime à la gâchette facile. Le général d’armée, Kamougue Kamal AbdelKader, est décédé. Il y a deux jours de deuil national. Les drapeaux sont mis en berne pour la glorieuse mémoire du défunt. La nation lui doit des honneurs pour voir joué les premiers rôles lors du tout premier coup d’Etat du pays. L’assaut s’était soldé par la mort du Président Tombalbaye.
Le deuil national retarde la publication des résultats de l’élection présidentielle. Le Président sortant est victorieux. Mais il revient à la cour constitutionnelle de la confirmer. Pourtant, le général défunt était candidat. Il avait même demandé de boycotter l’élection. Le Président l’avait nommé ministre conseiller spécial au palais. Mais le poste est resté vacant jusqu’à sa mort. Toutes ces considérations n’intéressent pas le tchadien ordinaire. Il aspire à mener une vie normale. C’est le cas de la cinquantaine de femmes aperçues à l’entrée de N’djamena. Chacun portait un ustensile de cuisine sur la tête. Elles accompagnent une jeune mariée à son foyer conjugal. La dote est un fait culturel au Tchad. L’épouse doit apprêter sa batterie de cuisine. Elle s’en sert le lendemain pour faire le tout premier repas dans son ménage. Le rêve d’une vie ordinaire, c’est aussi l’idéal d’un comédien de rue non loin du pont sur le Chari. Il amusait la galerie avec une queue sur le postérieur comme savent la posséder les diables. Le public bavait de voir un humoriste déguisé en vieillard. C’est une recette héritée du Camerounais Jean-Miché Kankan. Selon lui, les personnes du 3è âge sont des individus risibles. Ils incarnent donc le mieux le rire et le ridicule. Cette vie du sourire permanent et de l’absence des crépitements de fusil est l’aspiration légitime des Tchadiens. Telle est aussi l’intention des concepteurs du logo du MPS. Malheureusement, les commentaires et les interprétations sont libres.
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