vendredi 25 mars 2011

Les arts et la culture en salles de rédaction et de classe


Ferdinand Léopold Oyono est décédé en juin 2010. AITY a diffusé un reportage au sujet de son décès. Ce qui avait été dit de lui était que le Cameroun a perdu l’une de ses plumes mûres. Pourtant, Ferdinand Léopold Oyono était l’ami de Paul Biya, Chef de l’Etat camerounais. Il a été l’une des personnalités phares dans le pays pendant des décennies. Cependant, à son décès, le monde n’a retenu de lui que le statut d’homme de culture. Cette situation avait à la fois touché et impressionné nombre d’observateurs, y compris Charles Ndongo. Il s’agit de l’un des journalistes les plus applaudis au Cameroun. Il avait, en réalité, attiré mon attention sur le commentaire de la chaîne de télévision occidentale. En somme, les hommes de culture ne meurent pas. Leur chaire peut disparaître à jamais. Mais leur mémoire survit à leur disparition dans la mémoire collective. Ce message tarde à rentrer dans les salles de rédaction et de classe.
Avant d’y arriver, faisons escale sur les contenus de journaux. La culture a fait la une des journaux pour la dernière fois au Cameroun lors la condamnation de Longuè Longuè en France. La mort subite de Michael Jackson nous a faits mettre sous le boisseau la guerre contre le terrorisme.

L’état de lieu des arts et de la culture dans les salles de rédaction est déplorable. Dans le journalisme sportif, il y a un suivi de lundi à dimanche. L’équipe nationale du Cameroun affronte le Sénégal ce samedi. Les journaux ne font qu’en parler depuis des jours. Pourtant, le cinquantenaire de Manu Dibango ou de Anne Marie Nzié n’a pas bénéficié de tant de matraquage. Les sujets sur les arts et la culture sont diffusés à la fin des journaux quand les auditeurs et téléspectateurs sont déjà épuisés. Même des sujets de sports interviennent avant les arts et la culture. Ils sont même couverts par les stagiaires. En cas de scoop, les arts et les cultures encaissent le coup dur. Ils sont mis au « frigot » et oubliés, parfois, à jamais. S’il y a réaménagement ministériel, il vaut mieux ne pas espérer voir un texte sur les arts et la culture. S’il y a une coupure publicitaire de dernière minute, les arts et la culture sont bottés en touche. Pendant les moments difficiles, les journalistes culturels sont les premiers firés et éconduits des salles de rédaction. L’actualité politique domine les journaux parlés et télévisés.
La presse imprimée en fait autant. Le parti d’opposition, SDF, est toujours à couteaux tirés avec le RDPC, parti proche du pouvoir. Le bras de fer Biya-Fru Ndi est l’information quotidienne. La faction séparatiste SCNC est la coqueluche des journaux dans le Cameroun d’expression anglaise et la diaspora. Il est rare de lire les dernières informations sur les artistes comme l’album de Tchaja Stoppeur, l’insistance de Lapiro de Mbanga à prolonger son séjour en prison, un Jean Bikoko Aladin alité sans assistance des jours avant sa mort ou des musiciens de Bikutsi qui s’abreuvent à mort à l’alcool de fabrication artisanale pour se détruire.
La situation est pire dans les salles de classe. Les arts et la culture sont le grand absent. Une âme qui vive ? Peut-être Manu Dibango ou Anne Marie Nzié. J’ai parcouru les livres au programme scolaire. J’y ai plutôt vu les Lions indomptables. Cet état des choses semble trahir un pays qui n’a rien dans la tête et tout dans les pieds. Il s’agit d’une lecture superficielle, mais significative à mes yeux. Nulle part je n’ai vu la cuisine camerounaise promue. Pourtant, le pays est un scandale alimentaire. Les écoliers et élèves peuvent chanter. Ils le font davantage pour accorder aux enseignants et à eux-même de prendre une récréation au terme du mal de tête qu’inflige un bon cours de mathématiques. Quand chanter ne sert à rien, il leur est demandé de continuer de sauter sur place. De ce fait, l’éducation aux arts et à la culture n’est pas l’intention de départ. Les écoliers et les élèves peuvent danser. Mais cela n’arrive qu’une fois par an lors de la semaine qui précède la célébration de la Fête nationale de la jeunesse le 11 février. En plus, les élèves en classes d’examen ne sont pas autorisés à danser, à chanter ou à dessiner comme si l’implication aux activités artistiques et culturelles était liée de manière intime à l’échec, à l’abandon scolaire, à la sexualité précoce, aux grosses non désirées, au SIDA et à d’autres maux. Le seul intérêt qui force les arts et la culture dans les salles de classe est le besoin par le pouvoir en place d’imposer le patriotisme aux écoliers et élèves. On les entraîne à chanter l’hymne national par jour ou par semaine. Pourtant, les paroles et la mélodie leur échappent toujours.
Le problème des salles de rédaction est abordable à plusieurs niveaux. Le premier est le mépris des rédacteurs en chef. Couvrir les arts et la culture ne procure aucun avantage pécuniaire. Le secteur ne fait pas recette comme le ferait la politique. Les autorités administratives et les magnats des affaires ne font pas pression pour noircir leurs adversaires politiques en sollicitant les arts. Des soupçons de corruption ont terni la réputation des artistes de poigne comme Lapiro de Mbanga. Des écrivains de haut vol comme Calixte Beyala se font railler pour plagiat et critique à partir d’ailleurs sur terre sans pouvoir affronter l’Etat sur place au Cameroun. Par conséquent, écrire sur ces artistes, c’est essayer d’inscrire des caractères sur de l’eau.
Quand les journalistes culturels se bâtissent une réputation, ils sont affectés à un autre poste de travail. De manière personnelle, mon affectation est intervenue voici deux semaines. Je suis désormais sociétaire du service économie de la Cameroon Radio television.
Le 2è problème à présent. L’identité professionnelle des journalistes est un cas à prendre au sérieux au Cameroun. Celle des journalistes culturels est un cauchemar. Toute personne qui crie nuit et jour à la radio ou la télévision sans formation formelle est un journaliste culturel. Tous les animateurs sont des journalistes culturels. Il n’y a pas de distinction entre présentateurs, rédacteurs et animateurs. Tous les disc-jockeys sont des journalistes culturels comme tous les impresarios. Tous les exclus des reportages politiques et économiques sont des journalistes culturels.
Les journalistes culturels sont aussi blâmables. C’est le 3è problème. Ils ne forcent pas le respect. Ils se contentent de tenir la chronique des potins au point d’annoncer le décès de Lady Ponce sans recouper l’information. Ils disposent d’une connaissance approximative des problématiques des arts et de la culture. Aucune présence de leur part dans les rendez-vous mondiaux. Un seul journaliste culturel camerounais a couvert le Sommet mondial des arts et de la culture. Aucun ne sera à Cannes en France. Seuls deux ont pu envoyer des reportages lors du FESPACO. Ceux qui parlent avec autorité ne sont pas issus des arts et de la culture au Cameroun. Elise Mbia Meka qui a organisé avec brio le carnaval au Comice agro-pastoral d’Ebolowa est professeure de géographie. La poignée de journalistes culturels bien formée abandonnent le navire. Dr Augustin Charles Mbia dispense les enseignements à l’ESSTIC-école de journalisme et de communication.  Blaise Etoa Tsanga est à la tête de la communication de Orange Cameroun.
Dans les salles de classes, les écoles normales pèchent par absence de penchant artistique et culturel. Ceux qui s’y inscrivent cherchent le pain quotidien. Le chômage est chronique. La passion de transmettre qu’avaient les anciens leur échappe. La compétence n’est pas le critère de base dans le recrutement des candidats. Sur le terrain, les enseignants jalousent d’autres fonctionnaires employés dans des ministères lucratifs comme les finances. Les administrateurs civils, les inspecteurs d’impôts et de trésor mènent une vie de château. Les hommes en tenue ont des bons de caisse généreux. Pourtant, le temps passé à l’école est incomparable avec les enseignants. Par conséquent, ils vendent les denrées alimentaires dans les salles de classe au lieu d’introduire les élèves aux arts et à la culture. Parfois, les notes dépendent des ventes. Les enseignants peinent à transmettre la formation. Ils ne constituent pas le modèle des élèves. On ne saurait enseigner ce que l’on ignore. Les enseignements dispensés sont en déphasage avec les contenus de télévision. La musique populaire est diffusée sans arrêt. Pourtant, on parle de haute culture aux élèves. C’est la musique classique, la peinture ou la littérature. Il arrive que ce qui est haute culture dans la Nord soit impopulaire dans le Sud. Tout compte fait, enseigner les arts et la culture n’est pas le problème desdits professionnels. C’est la mission des instructeurs et autres conseillers de jeunesse et d’animation. Mais les proviseurs les considèrent à peine comme des collègues. Par conséquent, ils organisent deux défilés par an et gagnent leurs salaires même le reste du temps ils sont en vacances. Le journalisme culturel est celui des bonnes nouvelles après l’actualité des tueries et bombardements quotidiens à travers le monde qui occupent le cœur des journaux. Il revient aux journalistes et éducateurs culturels de travailler à monter des projets bancables inscrits sur la durée pour en faire des programmes de développement. Le réseautage et la mobilité aux niveaux national, sous-régional et international sont à même de rendre cela possible. Il faut donc regretter que seuls 3 ou 4 journalistes culturels africains soient membres de la Fédération internationale de la presse cinématographique, FIPRESCI, à titre d’exemple. L’ONG Art Moves Africa offre des bourses de voyages. Pourtant, les journalistes culturels ne sont nombreux à en bénéficier pour couvrir les festivals et d’autres évènements.
La solution, c’est aussi que les journalistes et éducateurs culturels fassent pression auprès des gouvernements pour élaborer et mettre en œuvre des politiques culturelles qui améliorent les conditions de vie  et de travail des artistes, leur accordent un statut, mettent des écoles d’arts et de culture sur pied, luttent contre la piraterie, s’occupent des droits d’auteurs et d’ériger les arts en une arme culturelle. Plusieurs instruments juridiques internationaux assignent aux gouvernements la mission souveraine de promotion et d’essor des arts et de la culture. Mais les Etats ont besoin de se faire secouer pour relever ce défi.
En un mot, l’éducation ou la formation culturelle est un défi clé dans les salles de rédaction et de classe. Les cours des écoles de journalisme et d’autres formations doivent inclure les arts et la culture. L’UNESCO a déjà compilé le matériel didactique. Arterial Network lance 3 boîtes à outils à Bamako au Mali dans quelques jours. La Commonwealth broadcasting association et la Thomson Reuters Foundation sont aussi pertinentes. La promotion 1999 de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication, ESSTIC, a formé des journalistes principaux spécialistes des arts, de la culture et de la communication. Désormais, des noms comme François Bingono Bingono sont des références. Il faut y mentionner Lazare Etoundi.
La formation est donc essentielle car les journalistes culturels doivent aller au-delà des 5 W. Le journalisme culturel et l’écriture créative sont cousins. Il s’agit d’une information molle. La traiter demander d’user des techniques comme la mise ne bouche. Une attaque qui va droit au fait ne tient pas le lecteur par la main pour le balader. L’attaque peut être la description du costume, de la salle, du véhicule ou de quelque chose d’autre. Cependant, cette description être en harmonie avec le reste du texte. Elle doit apporter un complément d’information pour la compréhension du papier. Une telle attitude dévoile une sorte d’identification avec l’audience et les interviewés à la fois.
Le lectorat a tendance à abandonner tout article dès que les 5 W sont dévoilés, selon les propose de Gwen Ansell, une enseignante sud-africaine. Ces jours, la règle des 5 W s’applique surtout aux informations rigides. C’est la pratique en matière de reportages politique, de guerre, de criminalité, des catastrophes naturelles ou humaines. Cependant, rien n’empêche que les journalistes culturels s’en tiennent au respect des 5 W. Mais le faire de matière systématique n’est pas toujours possible quand il faut rédiger les articles de fond. Les œuvres d’art s’exploitent davantage comme des articles de fond et non comme des faits stricts. Le traitement d’information ici est plutôt flexible. Les articles de fond ont un ancrage humain. Ils parlent des célébrités et ont pour cible la communauté. Par conséquent, les gens consomment davantage les reportages qui s’intéressent à leurs problèmes de manière à ce qu’ils puissent s’identifier au contenu. Par exemple, un sujet sur la révision à la hausse du prix du pétrole est trop sérieux. Il devient simple si un article de fond évoque un personnage bouffon qui arrive dans un camion. Il y a une distinction entre un rédacteur et un critique. Un rédacteur écrit dans un journal ou un magasine. Il ne couvre pas les arts et la culture par définition.  Ses textes parlent d’informations sur les arts et la culture. Le rôle du chroniqueur relève davantage de la rédaction des reportages. Faire des jugements de valeur esthétique n’est pas vraiment de son ressort. Il donne des informations aux consommateurs relatives aux raisons pour lesquelles les gens doivent aller ou alors éviter de voir un film.
Au contraire, la critique est ce qui permet à un journaliste ou à un éducateur culturels de se faire un nom. Il s’agit d’un acte intellectuel de portée considérable. Les critiques se prennent pour des universitaires car les amphis relèvent la barre. Mais ils ne sont pas des scientifiques. Ils essaient d’évaluer les œuvres d’art sérieuses et les placent dans le contexte de ce qui a été fait avant.
Le critique obtient la plus part des significations sociales à partir de leur travail. Le savoir technique peut jouer pour ou contre un journaliste s’il en saisit le jargon. Un langage accessible, l’honnêteté et les opinions justifiées permettent d’écrire une critique équilibrée. Les jugements devraient être faits et justifiés. Les opinions personnelles doivent être mises à l’écart. Les novices disent qu’ils ont détesté parce que c’était mauvais. Plus ils écrivent, plus ils prennent de l’envergure dans le rendu. Leur seule solution est de se laisser immerger davantage en invitant les gens à commenter le travail publié. Un critique a besoin d’ouverture pour savoir ce qui se passe. Il doit développer ses propres goûts et normes.
La critique d’art n’est pas un raccourci vers la gloire. C’est ici que la réputation des futés se construit. Le journaliste doit justifier pourquoi il pense qu’une représentation théâtrale est bonne ou mauvaise. Le faire en utilisant les mots de tous les jours est la chose la plus compliquée dans le domaine. Les compte-rendu ou critiques destructifs existent. Mais les journalistes et éducateurs culturels doivent faire preuve de recul. Un critique écrira volontiers : « Le spectacle avait des points forts et faibles. L’un des axes négatifs est la dégringolade du chanteur sur scène ». Un critique africain devrait toujours se poser la question de savoir l’intérêt social qu’il sert au moment d’écrire de faire des compte-rendu destructifs. Produire une eouvre d’art est comme construire une maison. Ce n’est jamais facile et les artistes eux-mêmes apprennent encore. Les critiques doivent les faire avancer.  Ils doivent garder l’esprit que l’Afrique est un tissu de pays en développement où les arts occupent la portion congrue. De ce fait, c’est mon avis, ils doivent exposer les points positifs.
Quelques principes applicables à la critique d’art :
- Les oeuvres d’art de mauvaise qualité n’ont pas besoin d’être critiquées ; le critique n’a pas besoin d’aimer le tout-venant. Cependant, ses idées reçues et ses passions comptent aussi. S’il est plus déçu qu’heureux, c’est parce que l’œuvre n’a pas satisfait ses attentes. Cependant, il faut condamner le critique qui se bombe le torse de tout détester et sert aux gens sa dose de bile quotidienne ;
- La deuxième règle consiste à éviter de révéler toute l’intrigue. Dans le cas contraire, le plaisir du public est étouffé dans l’œuf. La joie de l’audience ne devrait pas être gâchée parce que les moindres faits de l’intrigue sont mis à nue, en l’occurrence la partie la plus drôle. C’est comme si le nom du meurtrier est rendu public au début d’un film ;
- La troisième approche est une mise en garde du critique contre l’usage des généralités. Elles ne sont pas porteuses de signification. Les détails doivent être aussi spécifiques que possible. Si une représentation est fascinante, l’idée reste vague jusqu’à ce que l’œuvre soit comparée à une production à succès. Le critique doit installer le lecteur dans son fauteuil de salle de théâtre à l’effet de lui accorder de voir ce qu’il a vu ;
- Le 4è principe interdit aux critiques d’abuser des adjectifs coloristes. Ils occupent trop d’espace.

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