Télesphore Mba Bizo
Il est surprenant de voir les Africains se donner en spectacle le 1er mai. C’est la date de la journée internationale du travail. Cette célébration, en principe, intervient à l’issue d’une année de sacrifice. Mais en Afrique subsaharienne, surtout, la journée du travail est tout juste une autre fête. En réalité, le calendrier de ladite région est infesté de journées fériées, chômées et payées. La date anniversaire d’accession d’un tel au pouvoir est fériée. Le lancement d’un parti politique est journée morte. Les religions établies ont, au moins, deux jours libres dans le calendrier. Chaque Etat dispose d’une fête nationale. C’est parfois deux ou plus. Par ailleurs, il faut y adjoindre les mauvaises dates de l’histoire. C’est le cas du jour du décès d’un ancien Président ou d’un opposant politique de poigne. Seules les forces de sécurité sont à pied d’œuvre en ces moments-là. Toute victoire sportive d’éclat impose un arrêt de travail. Les citoyens sont payés à ne rien faire. L’Etat leur soustrait une bonne brochette de leur temps de travail annuel. En effet, le samedi est un jour ouvrable. Mais personne n’ouvre son bureau le samedi. Fait curieux, les voitures de l’Etat font pourtant les courses ce jour-là. Le manque à gagner est considérable dans les caisses de l’Etat.
Si le pays décourage le travail, le citoyen lui-même ne fait pas mieux. Les plus disciplinés passent 8 heures de temps au travail. C’est pour, quand ils ne sont pas en ligne, jouer avec l’ordinateur : les cartes, Zuma, Pinball et le football avec des illusions de matches Barcelone-Real de Champion’s League. Les minutes de travail précieuses sont la pause de midi autour d’une bouteille. Nul ne rate le rendez-vous. Les documents administratifs sont signés et liquidés à ce moment-là.
Comment comprendre la célébration de la journée internationale du travail quand la majorité exécute seulement le service minimum ? A ce stade, fêter, c’est une tautologie. Les citoyens ne font que cela le long de l’année. D’ailleurs, les vrais travailleurs restent chez eux. Seuls les syndicalistes et les autorités se bousculent à prendre la parole à la tribune.
L’Afrique se plaint souvent de subir les modèles de développements européens. L’Occident agirait alors comme si le monde était une vérité exacte. Il obéirait à des lois et formules précises. Une sorte de « copier et coller ». Elle voyait la propagation facile du printemps arabe en Afrique subsaharienne. Or, la vie est une vérité relative. Quantité de pays ont vécu leur crise dans le début de la décennie 90 au lendemain de la chute du mur de Berlin. A l’occasion, Mathieu Kérékou ou Denis Sassou Nguesso avait quitté le pouvoir à l’issue des conférences nationales.
Si l’Afrique devait apprendre quelque chose de l’Occident, c’est le modèle de travail. 8 heures pleines par jour dans un contexte de culture d’entreprise, de fixation sur les résultats et de respect des délais de livraison des travaux. L’Europe peut parfois déplaire à cause de sa politique de donneuse de leçons à un continent resté éternel enfant et d’un passé esclavagiste et colonialiste.
Il est donc grand temps d’envisager et de multiplier des nouveaux modes de coopération. Les pays émergents sont une piste probable. De tous, seule la Chine fait vraiment des vagues en Afrique car elle est modèle d’abnégation au travail malgré des salaires discutables. Pourtant, la Corée du Sud, l’Inde, le Brésil ou la Turquie constituent aussi des alternatives crédibles. L’heure des appropriations a sonné. Cependant, il ne s’agit pas de dupliquer des pâles copies. Il est question de les contextualiser sans en sacrifier la qualité d’origine. Un comité d’experts commis au suivi et à l’évaluation des appropriations et des adaptations de performance mérite de voir le jour dans les pays.
La finalité est d’inciter les employés du secteur des arts et de la culture à travailler comme s’ils étaient dans une usine. De cette production des biens, des services et des richesses dépendra la considération des industries créatives dans la hiérarchie des apports macro-économiques des nations. La célébration du 1er, à mon humble avis, exige un investissement préalable de soi. A ce titre, les Britanniques sont en droit de faire la fête. Ils ont bien travaillé pour vendre au monde entier le mariage de Kate et William. Même l’Afrique a, le temps d’une cérémonie, consommé la culture de la couronne britannique. La béatification du Pape Jean-Paul II rentre dans le même registre. Certes, la querelle de l’église contre l’usage du préservatif résiste à sa mémoire. Mais la postérité conserve de lui le souvenir d’un travailleur acharné de ce siècle.
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