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mardi 17 mai 2011

L’art peut servir ou desservir le politique


Au niveau du Mouvement patriotique pour le salut, MPS, le logo perçu dans l’après-midi du 13 mai 2011 à N’djamena est une œuvre d’art. Elle constitue un coup de marketing politique militant au service du  parti au pouvoir au Tchad. La représentation du logo de cette formation politique est nationale. Le Tchad dispose d’une superficie de 1294 000 000 km2. D’après le Président, le slogan en appui à cette identité graphique est « en avant-garde de la renaissance tchadienne ». Le slogan soutient trois instruments graphiques. Le premier est un fusil de longue portée. Il était la seule image du logo du parti. Depuis 1996, une daba s’est ajoutée. Elle écrase ledit fusil sous forme de croix.
Les significations secondes  du message évoquent la fin du règne des armes à feu au Tchad. Elles mettent en relief l’enterrement de la hache de guerre. En effet, le premier cinquantenaire du pays est le récit des coups d’Etat, des révolutions de palais et d’autres atrocités en série. Par conséquent, la belligérance est une seconde nature au Tchad. Il faut tourner la page. La présence dominatrice de la daba, deuxième icône, transmet le message de l’urgence du retour au travail de la terre. La révolution verte constitue le gage d’un développement durable. Les Tchadiens en ont conscience. A ce titre, ils développent l’agriculture maraichère sur les rives d’un Logone et d’un Chari asséchés. Des petits marchés essaiment à N’djamena. Les étales de fortune ploient sous l’abondance des légumes et des fruits. Les mangues sélectionnées et les pastèques sont plus visibles. Si seulement le millième des fonds utilisés pour l’achat des armes avait été consacré à l’agriculture, les risques de disette souvent signalés par le Fonds pour l’agriculture et l’alimentation, FAO, n’auraient pas tiré la sonnette d’alarme.
C’est un miracle de voir les légumes poussés ici. Le Tchad n’a pas les moyens techniques et financiers d’Israël ou d’Egypte. Ces pays transforment les déserts en terres arables.
L’abondance soudaine du pétrole est un mirage au Tchad. Il s’agit d’une énergie non renouvelable. De ce fait, les puits se videront un jour ou l’autre. C’est presque le cas actuel du Gabon et du Nigeria. Ils sont à la quête des alternatives crédibles à l’épuisement du boom pétrolier.  D’ailleurs, la gestion du pétrole relève le plus souvent du pouvoir discrétionnaire des hommes à la tête des pays. Ils n’ont pas l’obligation de rendre compte au peuple.
Le troisième graphique au dessus des deux autres sur le logo du MPS est une flamme triomphante. Elle devrait traduire la torche d’éveil d’un Tchad émergent. Ce stade de développement exige un préalable : l’industrialisation. Elle ne se réalise pas sans énergie. Or l’électricité est rare au Tchad. Les réunions nocturnes se servent davantage du clair de lune. Les citoyens en sont encore à dormir à la belle étoile. La chaleur les chasse de leurs domiciles. Ils ne connaissent ni ventilation ni climatisation.
De toute façon, l’industrialisation du Tchad a besoin de l’appui soutenu de l’économie créative. Cependant, le contenu de politique culturelle est flou dans le programme de développement du Tchad intitulé «en avant-garde de la renaissance ». La renaissance en question est plus économique et moins culturelle. La preuve, N’djamena est le théâtre des coups de pioches. La terre est creusée pour le passage de la fibre optique en provenance du Cameroun. La capitale est remuée dans tous les sens pour la construction d’un second pont sur le Chari par les Chinois.
Le quinquennat de la renaissance était précédé par celui dit « social ». L’un des résultats est la construction d’un hôpital mère-enfant d’envergure. Une fois encore, la culture a souffert de négligence et d’abandon durant le quinquennat social. La preuve, toutes les maisons de la culture au Tchad sont orphelines.  Or, le pays ne compte que l’Institut français. Par conséquent, la diffusion de la culture est presque nulle. La seule marque positive est la libre circulation des artistes et des biens. Aucun agent de police ne limite la mobilité des hommes de culture à la frontière. Les gens vont et viennent de part et d’autre du pont. Il faut aller vers les autorités pour obtenir le visa d’entrée avec un sourire en coin contre zéro franc à débourser. Le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon, à cause leur protectionnisme réciproque, ont une leçon à apprendre.
Seulement, les Tchadiens ne partagent pas notre interprétation pacifiste du logo du MPS. Même les artistes regrettent la présence du fusil sur ledit symbole. Il sédimente la violence et le conflit. Les deux réalités restent des données permanentes dans le sub-conscient des Tchadiens. L’opposition du pays critique le fusil. C’est une volonté, soutient-elle, d’entretenir la terreur et de maintenir un régime au pouvoir par la manipulation de la peur et la présentation des outils de la répression armée. A la moindre tentative malheureuse, les balles exploseront la tête des manifestants et des mutins. La daba servira à leur creuser une tombe ou fausse commune, une fois tués. Si cela n’est pas possible, le feu au dessus accordera de les incinérer pour subversion.
Cette contre-lecture n’est pas à négliger. Le Tchad est la république de la Kalachinokov.  La place de la nation le démontre à souhait. Les pouvoirs publics l’ont construite à la faveur de la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance tchadienne. C’est un espace moderne en face du palais présidentiel. La statue d’un soldat y donne le salut militaire devant la porte de la présidence. Or, le buste d’un Japhet N’doram assorti d’un ballon, le plus grand footballeur tchadien de tous les temps, en ces lieux aurait mis les citoyens d’accord. Le guerrier semble faire une allégeance éternelle, proche de l’idolâtrie, à Idriss Deby Itno. Cette image contredit l’autre statut opposée. Il s’agit d’un esclave livre. Il a brisé les chaînes de la dépendance.
En réalité, le Président lui-même est un soldat de race. Il a déjà triomphé d’au moins deux mutineries. Ses chances étaient pourtant comptées du bout des doigts. Idriss Deby Itno avait lui aussi montré le bout du canon à son prédécesseur. Il s’agissait de le contraindre à fuir le pouvoir. Hissène Habré s’était alors échappé par le Nord-Cameroun voisin. Le Président déchu a aussi des faits d’arme. Il avait sorti Goukouni Wede du palais présidentiel à l’issue d’un coup d’Etat. Par ailleurs, ses troupes et celles de Kadhafi avaient longtemps échangé les coups de feu pour s’approprier la bande d’Aozou. Le Tchad n’arrive pas à se défaire de l’identité de régime à la gâchette facile. Le général d’armée, Kamougue Kamal AbdelKader, est décédé. Il y a deux jours de deuil national. Les drapeaux sont mis en berne pour la glorieuse mémoire du défunt. La nation lui doit des honneurs pour voir joué les premiers rôles lors du tout premier coup d’Etat du pays. L’assaut s’était soldé par la mort du Président Tombalbaye. 
Le deuil national retarde la publication des résultats de l’élection présidentielle. Le Président sortant est victorieux. Mais il revient à la cour constitutionnelle de la confirmer. Pourtant, le général défunt était candidat. Il avait même demandé de boycotter l’élection. Le Président l’avait nommé ministre conseiller spécial au palais. Mais le poste est resté vacant jusqu’à sa mort. Toutes ces considérations n’intéressent pas le tchadien ordinaire. Il aspire à mener une vie normale. C’est le cas de la cinquantaine de femmes aperçues à l’entrée de N’djamena. Chacun portait un ustensile de cuisine sur la tête. Elles accompagnent une jeune mariée à son foyer conjugal. La dote est un fait culturel au Tchad. L’épouse doit apprêter sa batterie de cuisine. Elle s’en sert le lendemain pour faire le tout premier repas dans son ménage. Le rêve d’une vie ordinaire, c’est aussi l’idéal d’un comédien de rue non loin du pont sur le Chari. Il amusait la galerie avec une queue sur le postérieur comme savent la posséder les diables. Le public bavait de voir un humoriste déguisé en vieillard. C’est une recette héritée du Camerounais Jean-Miché Kankan. Selon lui, les personnes du 3è âge sont des individus risibles. Ils incarnent donc le mieux le rire et le ridicule. Cette vie du sourire permanent et de l’absence des crépitements de fusil est l’aspiration légitime des Tchadiens. Telle est aussi l’intention des concepteurs du logo du MPS. Malheureusement, les commentaires et les interprétations sont libres.


dimanche 8 mai 2011

Vers la publication de l'indice de la liberté de la presse 2011 au Cameroun

Une information filtre en cette semaine de la liberté de la presse au Cameroun. C’est la libération de Bertrand Teyou. Il est l’auteur du livre La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. La Première dame camerounaise y est critiquée de manière explicite. Un responsable administratif a pris sur lieu de faire un foin d’enfer à propos.
Cet état des choses me rappelle des choses.Le Cameroun a contredit son classement dans l’indice de liberté de la presse en 2010. Le rapport de Reporter sans frontière a davantage courroucé le ministre camerounais de la Communication.  Le pays avait alors dégringolé à la 39è place africaine et la 129è mondiale. Issa Tchiroma Bakary avait crié au scandale et au complot international. Pourtant, il est le seul à avoir été surpris. En effet, le journaliste Bibi Ngota est décédé en prison. Il était en détention avec deux autres de ses confrères. Certes, il ne s’agissait des délits de presse. Ils étaient poursuivis pour des délits de droit commun. Mais il reste qu’un journaliste est mort en prison. Les pouvoirs publics essayaient même de lui discuter le titre de journaliste. En effet, Bibi Ngota n’était diplômé d’aucune école de formation en journalisme ou communication.  Seulement, la loi camerounaise reconnaît le statut de journaliste à toute personne qui gagne sa vie de la collecte et du traitement de l’information. Pius Njawé est le seul Camerounais signataire de la déclaration de Windhoek, il y a 20 ans. Son legs au Cameroun est un journal privé critique et un radio « Freedom FM » qui n’a jamais été autorisée à fonctionner malgré la présence de tous les équipements techniques. Pius Njawé s’est formé sur le tas. C’est aussi le cas de Bibi Ngota. Plus grave encore, l’honneur du journaliste décédé avait fait l’objet de profanation. Il serait mort de VIH-SIDA.
Le prochain classement de Reporter sans frontière sera publié en octobre 2011. Les mêmes causes risqueraient de produire les mêmes effets. Le préfet du Mfoundi a interdit la tenue d’un festival sur les droits de l’Homme. Les motifs sont des éventuels troubles de l’ordre public, absence du visa du ministère de la Culture et défaut du récépissé de déclaration de manifestation. Il s’agit d’un festival financé par l’Union Européenne. Cette interdiction marque le second conflit entre l’Union Européenne et le Cameroun en quelques mois. La première querelle concernait le financement de la cause des homosexuels. Si dans le dernier cas cité, le ministre des Relations extérieures peut avoir raison dans un pays où l’homosexualité est encore un crime, dans le premier l’administration se plante. C’est même faire insulte au confort intellectuel des Camerounais que de penser que la diffusion de certains films peut provoquer des révolutions inopportunes. Il est naïf de continuer de croire en la toute puissance des médias. Le public sélectionne les messages. Il n’est pas une masse inerte prête à tout recevoir. Par ailleurs, le festival sur les droits de l’Homme a provoqué le limogeage du Directeur de la cinematographie au ministère de la Culture. Il a autorisé la projection des films comme Révolution, mode d’emploi et plusieurs autres.
L’administration a encore frappé. Le sous-préfet de Yaoundé 3è a interdit la diffusion du documentaire Banane.  La police est intervenue. Elle reprochait aux organisateurs le défaut de présentation de l’autorisation de manifestation publique. Or, le documentaire de Frank Bieleu se contente de présenter les conditions de travail et salariales dans les bananeraies industrielles de Penja dans la région du Littoral.
Toutes ces interdictions, sortes de retour à la censure, font de la publicité gratuite à des évènements mineurs. Le dernier gros budget au cinéma est le film Les Saignantes. L’un des meilleurs festivals du pays, ce sont les Ecrans noirs.  Ils ont, pourtant, un faible écho auprès des pouvoirs publics.
Le classement du Cameroun en octobre prochain va encore surprendre. Or, il ne s’agira que de perception et d’indicateurs. Ce ne sont pas des marqueurs de vérités absolues. Les classements sont le règne des chiffres. Mais le quantitativisme ne constitue pas le seul axe de lecture de la vie. A côté, il y a le qualitativisme. Il revient donc à l’Etat de tirer avantage des chiffres offerts pour améliorer les conditions de vie des populations. Etre toujours prêt à quereller les chiffres avancés est une perte de temps au moment d’avancer.

lundi 2 mai 2011

Pourquoi la fête du travail est nulle dans certains pays d'Afrique


Télesphore Mba Bizo

Il est surprenant de voir les Africains se donner en spectacle le 1er mai. C’est la date de la journée internationale du travail. Cette célébration, en principe, intervient à l’issue d’une année de sacrifice. Mais en Afrique subsaharienne, surtout, la journée du travail est tout juste une autre fête. En réalité, le calendrier de ladite région est infesté de journées fériées, chômées et payées. La date anniversaire d’accession d’un tel au pouvoir est fériée. Le lancement d’un parti politique est journée morte. Les religions établies ont, au moins, deux jours libres dans le calendrier. Chaque Etat dispose d’une fête nationale. C’est parfois deux ou plus. Par ailleurs, il faut y adjoindre les mauvaises dates de l’histoire. C’est le cas du jour du décès d’un ancien Président ou d’un opposant politique de poigne. Seules les forces de sécurité sont à pied d’œuvre en ces moments-là. Toute victoire sportive d’éclat impose un arrêt  de travail. Les citoyens sont payés à ne rien faire. L’Etat leur soustrait une bonne brochette de leur temps de travail annuel. En effet, le samedi est un jour ouvrable. Mais personne n’ouvre son bureau le samedi. Fait curieux, les voitures de l’Etat font pourtant les courses ce jour-là. Le manque à gagner est considérable dans les caisses de l’Etat.
Si le pays décourage le travail, le citoyen lui-même ne fait pas mieux. Les plus disciplinés passent 8 heures de temps au travail. C’est pour, quand ils ne sont pas en ligne, jouer avec l’ordinateur : les cartes, Zuma, Pinball et le football avec des illusions de matches Barcelone-Real de Champion’s League. Les minutes de travail précieuses sont la pause de midi autour d’une bouteille. Nul ne rate le rendez-vous. Les documents administratifs sont signés et liquidés à ce moment-là.
Comment comprendre la célébration de la journée internationale du travail quand la majorité exécute seulement le service minimum ? A ce stade, fêter, c’est une tautologie. Les citoyens ne font que cela le long de l’année. D’ailleurs, les vrais travailleurs restent chez eux. Seuls les syndicalistes et les autorités se bousculent à prendre la parole à la tribune.
L’Afrique se plaint souvent de subir les modèles de développements européens. L’Occident agirait alors comme si le monde était une vérité exacte. Il obéirait à des lois et formules précises. Une sorte de « copier et coller ». Elle voyait la propagation facile du printemps arabe en Afrique subsaharienne. Or, la vie est une vérité relative. Quantité de pays ont vécu leur crise dans le début de la décennie 90 au lendemain de la chute du mur de Berlin. A l’occasion, Mathieu Kérékou ou Denis Sassou Nguesso avait quitté le pouvoir à l’issue des conférences nationales.
Si l’Afrique devait apprendre quelque chose de l’Occident, c’est le modèle de travail. 8 heures pleines par jour dans un contexte de culture d’entreprise, de fixation sur les résultats et de respect des délais de livraison des travaux. L’Europe peut parfois déplaire à cause de sa politique de donneuse de leçons à un continent resté éternel enfant et d’un passé esclavagiste et colonialiste. 
Il est donc grand temps d’envisager et de multiplier des nouveaux modes de coopération. Les pays émergents sont une piste probable. De tous, seule la Chine fait vraiment des vagues en Afrique car elle est modèle d’abnégation au travail malgré des salaires discutables. Pourtant, la Corée du Sud, l’Inde, le Brésil ou la Turquie constituent aussi des alternatives crédibles. L’heure des appropriations a sonné. Cependant, il ne s’agit pas de dupliquer des pâles copies. Il est question de les contextualiser sans en sacrifier la qualité d’origine. Un comité d’experts commis au suivi et à l’évaluation des appropriations et des adaptations de performance mérite de voir le jour dans les pays.
La finalité est d’inciter les employés du secteur des arts et de la culture à travailler comme s’ils étaient dans une usine. De cette production des biens, des services et des richesses dépendra la considération des industries créatives dans la hiérarchie des apports macro-économiques des nations. La célébration du 1er, à mon humble avis, exige un investissement préalable de soi. A ce titre, les Britanniques sont en droit de faire la fête. Ils ont bien travaillé pour vendre au monde entier le mariage de Kate et William. Même l’Afrique a, le temps d’une cérémonie, consommé la culture de la couronne britannique. La béatification du Pape Jean-Paul II rentre dans le même registre. Certes, la querelle de l’église contre l’usage du préservatif résiste à sa mémoire. Mais la postérité conserve de lui le souvenir d’un travailleur acharné de ce siècle.


samedi 23 avril 2011

Le mauvais rôle de la télévision dans la crise ivoirienne

Les images sur l’Afrique continuent d’inspirer la pitié. France 24 a montré des militaires en patrouille dans le Nord de la Côte-d’Ivoire le 20 avril 2011. Les enfants accouraient et jouaient avec les canons de Kalachinikov. Un mois avant l’assaut final contre Laurent Gbagbo, la Radio Télévision Ivoirienne, RTI, montrait le ministre de la Jeunesse. Charles Blé Goudé invitait alors les enfants à s’enrôler dans l’armée à l’effet de combattre les pro-Ouattara. Nul n’en perçoit le danger malgré les ravages et troubles psychologiques post-traumatiques des enfants soldats au Libéria ou en Sierra Léone. Au moment d’offrir les cahiers, les livres et les crayons à bille à tous les enfants de Côte-d’Ivoire pour une éducation de qualité, les télévisions font l’apologie du conflit dans leur course vers l’audimat et inscrivent la jeunesse à l’école de guerre.
La chronique Toucher la cible mérite de s’y attarder car il s’agit d’un fait culturel. La presse est une industrie créative. En effet, elle a aussi pour origine, selon une définition inspirée du Royaume Uni, « la créativité, la compétence et le talent ainsi qu’un potentiel de création de richesses et d’emplois ». Dans les démocraties établies, la presse est le 4è pouvoir. En réalité, les médias se constituent en contre-pouvoir. Ils sont investis d’un droit de regard et d’une force de contrôle sur l’exécutif, le législatif et le judiciaire.
Mais une fois encore, l’Afrique est la mauvaise exception d’une règle louable. La presse y est plutôt au service des pouvoirs. La grande curiosité est le traitement de l’information à France 24. Elle montre le morbide. Un soldat pro-Ouattara rit de la misère d’un militaire ennemi tué. Le victorieux se réjouit de la mort de son compatriote. Il porte en triomphe une bouteille de vin géante. Elle sera consommée à la santé des disparus dans la soirée. Puis Gbagbo envahit l’écran. Il est presque torse nue. Une chemisette lui est prêtée. Des soldats improvisent une séance photo comme si l’ancien Président était devenu une bête curieuse dans un cirque de guerre. Les images de France 24 promeuvent la cassure. D’un côté, la télévision déshabille Laurent Gbagbo via son portrait misérabiliste à côté d’une épouse prisonnière d’un mutisme vain. De l’autre, Alassane Dramane Ouattara est perçu dans son beau jour au biais d’un costume bien coupé et d’une prise de parole mesurée.
La déshumanisation télévisuelle de Gbagbo rappelle un certain Milosevic ou Saddam Hussein. Dictateur serait-il synonyme d’animal? Quitter le pouvoir à l’issue des élections perdues est sans appel. Provoquer le départ du perdant l’est également. Mais infantiliser l’adulte au moyen de la manipulation de l’image est une gifle dans la conscience du monde. Il s’agit encore d’une politique de deux poids deux mesures. France 24 ne montre pas les soldats français tués chaque jour dans le bourbier afgan. Même CNN ne montre pas des « GI » déchiquetés lors des explosions kamikaze. Les Américains ne revoient leurs enfants décédés au champ d’honneur que quand ils sont recouverts de la bannière étoilée, le drapeau du pays, lors du rituel d’adieu. Qui a vu les victimes des attentats du 11 septembre 2001 dans une chaîne de télévision sérieuse? En réalité, il y a, non seulement, le respect du aux morts, mais aussi, la grammaire et l’hygiène de l’image montrée. La télévision, c’est par définition le beau. Montrer le sordide à l’écran revient à faire de la télévision populaire. Son effet est immédiat. En effet, France 24 est la chaîne la plus regardée au Mali. En soirée, elle tient les citoyens en éveil. Le téléviseur remplace la fonction du feu de bois à Bamako. France 24 anime la palabre. Tous les regards se concentrent sur France 24.
Les professionnels de la presse ne peuvent que s’étonner de la naiveté du monde. La décolonisation à travers l’image a encore du chemin à faire. Les Bamakois et les autres Maliens croient tenir la vérité en regardant France 24. Pourtant, il ne sont qu’exposés au point de vue de la France 24h/24. Ils sont très peu à pouvoir imaginer les sources de financement de ce média. Il s’agit de l’Etat et ministère français des Affaires étrangères. France 24 est devenue une religion qui recrute de plus en plus de fidèles au jour le jour. L’Office de radio télévision malienne, ORTM, vit la même crise que les autres chaînes de télévision publiques en Afrique. Il leur est reproché de surexposer les autorités publiques et les séminaires : trop de bustes à la télé lors des journaux en soirée Par conséquent, la télévision malienne n’est regardée que des matches de Champions League et d’autres rencontres de football. A présent, France 24 propose un contenu alternatif : la rue, la mort et des faits ridicules. C’est nouveau et beau. Quand Gbagbo était au pouvoir, il avait réduit la Radio Télévision Ivoirienne en haut-parleur gouvernemental. Ce n’était plus du journalisme. Il s’agit des publi-reportages commerciaux en faveur du Front populaire ivoirien, FPI, au pouvoir dans une ambiance de marketing politique. C’était pratique la version télévisuelle de la « Radio Mille Collines rwandaises ».
Enfin, la guerre est toujours nécessaire pour voir l’Ouest accourir avec ses fonds. Il s’agit peut-être d’une adaptation inspirée des Etats-Unis avec leur Plan Marshall. La Côte-d’Ivoire n’a même pas encore exprimé un besoin de fonds que la France lui octroie 400 millions d’euros. L’Union Européenne donne 100 millions d’euros. La sortie de crise est peut-être d’allumer une étincelle pour faire de l’Afrique un brasier continental et attendre la bonne aide au développement.


dimanche 17 avril 2011

Pauvreté et piratage: la volonté de faire mal


Contribution à un groupe de travail à Bamako au Mali pendant l'Ecole d'Hiver de Arterial Network


Odekuchu Ivo vit dans la ville camerounaise d’Ekok sur la frontière avec le Nigeria. Il est vidéaste se rend à Inugu au mois de septembre pour collecter ses droits d’auteurs cumulés à souhait sur une année. Son épouse est sur le point d’accoucher de leur 9è enfant. Les 8 autres enfants attendent le retour de papa pour débuter leur année scolaire.
A Enugu au Nigeria, les affiches de son film intitulé Sweat mother sont placardées dans toute la ville. Le film, apprend-il, séduit toute la diaspora au Royaume Uni, aux Etats-Unis, en France et même en Chine. Odekuchu Ivo salive à l’idée de la qualité du produit et, par conséquent, de son chiffre d’affaires.
Mais au bureau des droits d’auteurs, Azikiwé Ernest le déçoit. Aucun film n’y enregistré sous le nom Odekuchu Ivo. Le film Sweat mother  a pour auteur Odekucho Irene. Les pirates l’ont battu sur son œuvre. Le film piraté fait d’ailleurs preuve de plus de sophistication que le film original.
Tous les espoirs d’une année d’épargne s’envolent en fumée. A pied, Odekuchu Ivo retourne à Ekok dans le sud-est camerounais. A la maison, son épouse est décédée des suites d’un accouchement difficile. Même    le bébé n’a p     as pu être sauvé. C’est une année scolaire blanche pour les 8 autres enfants. Les films vidéo de leur père ne sauraient leur donner leur pain quotidien. 9 mois plus tard, le fils aîné Odekuchu Joachim est arrêté à Douala au Cameroun pour braquage et vol à main armée avec mort d’homme.
Leçons ou enseignement
Le Nigeria est la 1ère industrie vidéo dans le monde entier. Seule une poignée d’auteurs et acteurs vit de cet art. Il est peu envisageable de voir les choses changer avant 2015, date butoir de la réalisation des objectifs du millénaire. Le 1er consiste à réduire de moitié l’extrême pauvreté. La famille Odekuchu n’en est pas capable. C’est le cas de près de 60% de ménages dans l’Afrique entière. En effet, sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l’indicateur de développement humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Le même objectif prévoit à tous un emploi décent. Le fils Odekuchu Joachim ne trouve pas de satisfaction dans les travaux champêtres. Par conséquent, il choisit le vol à main armée, se fait prendre et finit va vie dans la prison de New-Bell à Douala.
Le 2è objectif du millénaire est l’éducation primaire pour tous en 2015. Mais les enfants de l’artiste Odekuchu ne vont plus à l’école. Leur cycle primaire n’est pas complet. Par conséquent, ils pourraient faire carrière dans la manipulation illégale des armes à feu et achèveraient leur vie avec des tâches de sang d’innocents tués sur leurs consciences.
Le 3è objectif du millénaire est l’autonomisation de la femme. Pourtant, l’épouse de Odekuchu Ernest trouve la mort des suites de pauvreté. Il lui était impossible de s’acquitter des frais de césarienne en l’absence de son époux, seul gagne pain de la famille. La négligence et le manque de solidarité des sages femmes a malheureusement eu raison de ses jours sur terre.
Le 4è objectif du millénaire est la réduction de la mortalité infantile et le 5è est l’amélioration de la santé maternelle. Le 8è enfant de Odekuchu décède à cause de la faible prise en charge à la maternité de Ekok. L’épouse trouve la mort pour les mêmes raisons. Une femme continue de mourir à chaque minute à travers le monde. La tendance ne saurait être inversée avant 2015.
Les autres objectifs sont un peu un luxe. Il s’agit de lutter contre le SIDA quand le paludisme reste le premier grand tueur silencieux. Il s’agit de se préoccuper des causes environnementales quand aucun bol alimentaire n’est disponible sur la table. Les arts et la culture ne permettent pas encore aux populations de satisfaire les besoins primaires, en l’occurrence, se nourrir, se vêtir ou se protéger des intempéries. Par conséquent, il est difficile de les voir s’intéresser à la satisfaction des besoins secondaires ou besoins d’assouvissement comme le fait de penser au 8è objectif du millénaire, notamment construire un partenariat mondial pour le développement.
Pour vivre des arts et de la culture, il faut un marché. Il en existe en Afrique. Le Nigeria à lui seul est un marché de 150 millions de personnes, plus de 300 emplois directs grâce à vidéo domestique nigérianes, 1200 films par an et alternative crédible à la manne pétrolière. Malheureusement, c’est le marché de la piraterie. Les producteurs pressent plus de CD piratés qu’originaux. Ils ne profitent ni aux industries culturelles ni aux créateurs. Par conséquent, les industries créatives sont nulles et de nul effet dans un contexte vaincu par la misère et résolument contraire à l’atteinte des objectifs du millénaire.

dimanche 10 avril 2011

Un modèle de conquête du centre de prise de décisions



Le Sénégal avait déjà offert à l’Afrique un poète Président. Nul n’interroge l’apport de Léopold Sédar Senghor dans l’émancipation culturelle au Sénégal. Haïti a aussi son chanteur Président depuis le 4 avril 2011. Il s’agit de Michel Martelly. Le chanteur de pop est venu à bout de Mirlande Manigat. C’est l’ex-première dame du pays. Pourtant, les intentions de vote étaient défavorables au nouveau Président. Nul ne lui reconnaissait la moindre maturité politique. Par ailleurs, l’annonce de sa candidature date seulement de juillet 2010. Haïti est un bout d’Afrique logé dans le Pacifique. Il partage d’ailleurs ses peines avec le continent : misère, famine et cataclysmes. En effet, Haïti, première république noire, est l’Etat américain le plus pauvre.
Toucher la cible loue le courage de Michel Martelly. Les victoires politiques face à des hommes et femmes au pouvoir ou proches de celui-ci sont des évènements rares dans les « républiquettes » noires. En plus, le nouveau Président a échappé au sort de son homologue chanteur Wyclef Jean. Il aura reçu une balle à la veille des élections. Par ailleurs, Michel Martelly rajeunit la fonction présidentielle dans les Etats noirs. Jusqu’ici, la majorité des Présidents africains de 50 ans ou moins sont la conséquence des révolutions comme Sankara ou celle de la maladie bien africaine de « monarchisation» des républiques avec la transmission du pouvoir de père en fils à l’image du Congo, du Gabon, du Togo et, peut-être un jour, du Sénégal.
Dans une lecture socio-culturelle, l’action d’éclat de Michel Martelly rentre dans le cadrage théorique de la conquête du centre de prises de décisions. Une chronique antérieure incitait les hommes et femmes de culture à quitter la périphérie sociale. En effet, ils ou ils disposent d’atouts et d’outils de marketing politique toujours percutants. Michel le doux, comme l’appellent ses fans, s’en est servi pour se faire sa place à la magistrature suprême. Cependant, le discours au sujet de la conquête du centre de prise de décisions ne cible pas en particulier le pouvoir exécutif. Tout artiste ne saurait ambitionner de présider ou de prétendre à la fonction ministérielle. Cependant, il peut servir à la culture même au niveau local. La décentralisation est très jeune dans beaucoup de pays africains. Malheureusement, les maires n’en saisissent pas vraiment les tenants et les aboutissants. L’implication des populations ne se précise pas. Plus grave, nul n’y comprend la problématique des arts et de la culture. Par conséquent, les conseils municipaux ont besoin d’informations à propos. La meilleure manière de les donner est de se faire élire conseiller municipal. D’autres artistes ont l’étoffe de devenir députés. La fonction parlementaire est d’ailleurs le moyen idéal de se faire entendre. Elle est le lieu où se votent toutes les lois. Si les hommes et femmes de culture avaient envahi les chambres parlementaires, l’élaboration et la mise en œuvre des politiques culturelles en Afrique ne seraient pas à la traine.
Michel Martelly a réussi à se faire élire Président de Haïti. Cependant, son discours de campagne évoque davantage l’emploi des jeunes et la réforme agraire pour relancer la production haïtienne. Le seul volet culturel souligné est le tourisme. Pourvu que la montagne n’accouche pas d’une souris.

dimanche 3 avril 2011

Le piège de la gratuité


Il est l’inertie, le manque d’initiative et l’inaptitude du sens de l’engagement individuel et collectif. Ces maux gangrènent les artistes. Les agences de la coopération culturelle sont face à ce dilemme. L’entrée est presque toujours gratuite dans leurs spectacles. Elles agissent dans la bonne foi d’encourager les arts et la culture dans les économies sinistrées. Cette ouverture a plutôt un contre-effet. Elle donne l’impression que la consommation des arts et de la culture est gratuite. Le seul effort à faire comme spectateur est de se présenter devant le portail. Or, ces agences paient des cachets aux artistes. Le public ne le sait pas forcément. Cet argent représente en réalité le ticket censé être payé par le spectateur.

Syndrome de la gratuité
Nombre de vedettes sont victimes du syndrome de la gratuité. A la longue, il les fait entretenir un sentiment de dépendance. Le monde doit tout donner aux artistes. Ils ont reçu du Ciel le don de procurer le plaisir. Ce talent devient un passeport pour l’obtention de la gratuité universelle. Les artistes refusent même de payer les tickets de spectacle. Or, ils ne sont pas organisés en syndicat ou en une autre forme d’association professionnelle. Par conséquent, ils ne cotisent nulle part. Si cela avait été le cas, des forfaits seraient prélevés de leurs frais d’adhésion pour financer les entrées libres et gratuites des artistes dans les salles de spectacle. Plus grave, les artistes ne comprennent pas pourquoi payer une entrée quand, par exemple, tout footballeur rentre dans un stade les mains dans les poches. Certes, les deux activités procurent du beau spectacle. Mais, d’une part, le football est organisé et brasse des sommes d’argent énormes. Par ailleurs, les hommes politiques craignent l’éventualité des emportements des supporters. En France, chaque rencontre de la formation fanion algérienne même en terre africaine impose une forte mobilisation des forces de l’ordre dans les principales villes en cas de victoire comme en cas de défaite. D’autre part, les arts et la culture sont strictement économie informels même si des exceptions à la règle existent. Ce n’est pas le lieu de faire injure au secteur informel. Il représente plus de 60% des mouvements de fonds en Afrique centrale, par exemple. Par ailleurs, la montée en puissance des entreprises de la micro-finance en Afrique est, en partie, le succès de l’économie informelle.

Un informel excessif
Mais il y a une différence. Les arts et la culture sont encore trop informels. Il faut être au Maroc pour avancer des chiffres sur la fréquentation des salles de cinéma et de théâtre. Il faut être un festival de la dimension de HIFA au Zimbabwe pour être sûr d’un retour sur investissement. Toute action d’éclat semble être une exception. Les couacs sont encore la norme. Par exemple, seul le FESPACO peut annuler un jury international de la critique cinématographique, une première, sans tenir les membres informés et sans leur présenter des excuses pour les désagréments provoqués tout en leur permettant d’aller se faire éconduire dans les aéroports de Heathrow en Angleterre et Munich en Allemagne munis des réservations de vol, sans en être prévenus, en lieu et place des tickets dûment payés. L’Afrique a besoin d’abandonner le mauvais spectacle. 

Inertie des artistes et dépendance vis-à-vis des Etats
Aucune entreprise endogène ne fait bouger les choses. L’exception ici est ivoirienne. Le pays, meurtri par la guerre, a vu la mise en convergence des musiciens pour chanter la paix et demander aux protagonistes de la crise de travailler main dans la main. Leur voix a eu un écho favorable et les élections ont eu lieu. Dans d’autres pays en butte à des querelles de corruption, d’abus des droits de l’Homme et de non respect des principes démocratiques, les musiciens s’acharnent plutôt à proposer des chansons d’amour. Les initiatives individuelles sont tuées dans l’œuf dans la majorité des cas. La crise en Côte-d’Ivoire s’empire. Les gens reprennent les armes à l’issue d’une décennie d’économie moribonde. Mis à part cet exemple, la révolution vient de l’effort permanent de l’autre. La première cible à ce sujet est l’Etat. L’essentiel des instruments juridiques internationaux assignent, en effet, aux Etats la mission du développement et de la promotion des arts et de la culture. En d’autres termes, la conception et la mise en œuvre des politiques et économies culturelles relèvent davantage du champ de la souveraineté. Cet état des choses attribue macro-actions à la force publique. Par conséquent, le monde des affaires et la société civile devraient se contenter des micro-activités. A première vue, il s’agirait de la portion congrue en matière d’essor des arts et de la culture en Afrique. Cependant, l’initiative privée et la société civile, dans une analyse plus profonde, ont fort à faire.
Il y a un premier travail de sensibilisation, voire de conscientisation des appareils étatiques africains. Leurs agendas souffrent de myopie dans la plupart des cas. De ce fait, ils accordent aux arts et la culture une place décorative. Les danses traditionnelles entretiennent les militants des parties au pouvoir avant et après la prise de parole des hommes politiques. Chaque meeting s’achève par une distribution des enveloppes ridicules portées en triomphe face aux caméras des télévisions gouvernementales. Les groupes d’environ 20 personnes reçoivent moins de 10 euros ; soit un demi-euro par tête. Or, chacun de ces individus est chef de famille. L’argent encaissé permet à peine de s’offrir un bon bol de riz le soir venu à l’issue d’une exposition de parfois 4 heures sous la canicule des tropiques.  

Métaphore du danseur traditionnel



It is high time political manipulation ended. This is primarily the duty of artists themselves. The private sector and civil society can follow in nations that fail to distinguish arts and culture.

Le danseur traditionnel traduit l’image de la plupart des artistes. Ils travaillent comme à la solde des hommes politiques parce qu’ils sont à la lutte pour mériter leur maigre pain quotidien. Pourtant, ils sont plus influents auprès de l’opinion. Au contraire, les danses traditionnelles divertissent les militants des partis au pouvoir avant et après la prise de parole publique des hommes politiques. A la fin de chaque meeting, des enveloppes ridicules sont portées en triomphe face aux caméras des télévisions gouvernementales. Des groupes d’environ 20 personnes reçoivent moins de 10 Euros ; soit un demi-Euro par tête. Or, chacun est chef de famille. L’argent reçu peut à  peine garantir un bon bol de riz le soir venu à l’issue d’une exposition de parfois 4 heures sous la canicule des tropiques.
En réalité, le danseur traditionnel est ignorant. Il tient le politique captif sans le savoir. Son organisation en force de proposition est possible. Il revient alors à la société civile de rappeler au danseur traditionnel sa place centrale dans le marketing  politique. Les dernières élections présidentielles au Gabon et en Côte-d’Ivoire ont laissé voir Ali Bongo dans la posture de danseur et de rappeur et Laurent Gbagbo comme un Président rôdé au « coupez-décalez ». Tout bon meeting, en Afrique subsaharienne chrétienne notamment, est presqu’un concert géant. Malheureusement, les danseurs traditionnels impliqués et le reste de l’offre culturelle sont bloqués à la périphérie de la prise de décision. Les hommes politiques confisquent le centre : lieu de la concentration des pouvoirs. La bataille et la conquête du centre décisif sont envisageables. Elles méritent d’être précédées d’une masse critique et d’une vision. Tout Africain est un petit artiste. Il sait toujours faire quelque chose de ses mains : un artisan. Mais il pèche par l’auto-prise en charge. Les besoins essentiels comme se nourrir ou se vêtir sont satisfaits grâce à des poches étrangères. C’est le moment de mettre un terme à la manipulation politique. Il s’agit de la mission première des artistes eux-mêmes. Le secteur privé et la société civile peuvent suivre dans les nations incapables de porter les arts et la culture au firmament.