Une information filtre en cette semaine de la liberté de la presse au Cameroun. C’est la libération de Bertrand Teyou. Il est l’auteur du livre La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. La Première dame camerounaise y est critiquée de manière explicite. Un responsable administratif a pris sur lieu de faire un foin d’enfer à propos.
Cet état des choses me rappelle des choses.Le Cameroun a contredit son classement dans l’indice de liberté de la presse en 2010. Le rapport de Reporter sans frontière a davantage courroucé le ministre camerounais de la Communication. Le pays avait alors dégringolé à la 39è place africaine et la 129è mondiale. Issa Tchiroma Bakary avait crié au scandale et au complot international. Pourtant, il est le seul à avoir été surpris. En effet, le journaliste Bibi Ngota est décédé en prison. Il était en détention avec deux autres de ses confrères. Certes, il ne s’agissait des délits de presse. Ils étaient poursuivis pour des délits de droit commun. Mais il reste qu’un journaliste est mort en prison. Les pouvoirs publics essayaient même de lui discuter le titre de journaliste. En effet, Bibi Ngota n’était diplômé d’aucune école de formation en journalisme ou communication. Seulement, la loi camerounaise reconnaît le statut de journaliste à toute personne qui gagne sa vie de la collecte et du traitement de l’information. Pius Njawé est le seul Camerounais signataire de la déclaration de Windhoek, il y a 20 ans. Son legs au Cameroun est un journal privé critique et un radio « Freedom FM » qui n’a jamais été autorisée à fonctionner malgré la présence de tous les équipements techniques. Pius Njawé s’est formé sur le tas. C’est aussi le cas de Bibi Ngota. Plus grave encore, l’honneur du journaliste décédé avait fait l’objet de profanation. Il serait mort de VIH-SIDA.
Le prochain classement de Reporter sans frontière sera publié en octobre 2011. Les mêmes causes risqueraient de produire les mêmes effets. Le préfet du Mfoundi a interdit la tenue d’un festival sur les droits de l’Homme. Les motifs sont des éventuels troubles de l’ordre public, absence du visa du ministère de la Culture et défaut du récépissé de déclaration de manifestation. Il s’agit d’un festival financé par l’Union Européenne. Cette interdiction marque le second conflit entre l’Union Européenne et le Cameroun en quelques mois. La première querelle concernait le financement de la cause des homosexuels. Si dans le dernier cas cité, le ministre des Relations extérieures peut avoir raison dans un pays où l’homosexualité est encore un crime, dans le premier l’administration se plante. C’est même faire insulte au confort intellectuel des Camerounais que de penser que la diffusion de certains films peut provoquer des révolutions inopportunes. Il est naïf de continuer de croire en la toute puissance des médias. Le public sélectionne les messages. Il n’est pas une masse inerte prête à tout recevoir. Par ailleurs, le festival sur les droits de l’Homme a provoqué le limogeage du Directeur de la cinematographie au ministère de la Culture. Il a autorisé la projection des films comme Révolution, mode d’emploi et plusieurs autres.
L’administration a encore frappé. Le sous-préfet de Yaoundé 3è a interdit la diffusion du documentaire Banane. La police est intervenue. Elle reprochait aux organisateurs le défaut de présentation de l’autorisation de manifestation publique. Or, le documentaire de Frank Bieleu se contente de présenter les conditions de travail et salariales dans les bananeraies industrielles de Penja dans la région du Littoral.
Toutes ces interdictions, sortes de retour à la censure, font de la publicité gratuite à des évènements mineurs. Le dernier gros budget au cinéma est le film Les Saignantes. L’un des meilleurs festivals du pays, ce sont les Ecrans noirs. Ils ont, pourtant, un faible écho auprès des pouvoirs publics.
Le classement du Cameroun en octobre prochain va encore surprendre. Or, il ne s’agira que de perception et d’indicateurs. Ce ne sont pas des marqueurs de vérités absolues. Les classements sont le règne des chiffres. Mais le quantitativisme ne constitue pas le seul axe de lecture de la vie. A côté, il y a le qualitativisme. Il revient donc à l’Etat de tirer avantage des chiffres offerts pour améliorer les conditions de vie des populations. Etre toujours prêt à quereller les chiffres avancés est une perte de temps au moment d’avancer.
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