mardi 17 mai 2011

L’art peut servir ou desservir le politique


Au niveau du Mouvement patriotique pour le salut, MPS, le logo perçu dans l’après-midi du 13 mai 2011 à N’djamena est une œuvre d’art. Elle constitue un coup de marketing politique militant au service du  parti au pouvoir au Tchad. La représentation du logo de cette formation politique est nationale. Le Tchad dispose d’une superficie de 1294 000 000 km2. D’après le Président, le slogan en appui à cette identité graphique est « en avant-garde de la renaissance tchadienne ». Le slogan soutient trois instruments graphiques. Le premier est un fusil de longue portée. Il était la seule image du logo du parti. Depuis 1996, une daba s’est ajoutée. Elle écrase ledit fusil sous forme de croix.
Les significations secondes  du message évoquent la fin du règne des armes à feu au Tchad. Elles mettent en relief l’enterrement de la hache de guerre. En effet, le premier cinquantenaire du pays est le récit des coups d’Etat, des révolutions de palais et d’autres atrocités en série. Par conséquent, la belligérance est une seconde nature au Tchad. Il faut tourner la page. La présence dominatrice de la daba, deuxième icône, transmet le message de l’urgence du retour au travail de la terre. La révolution verte constitue le gage d’un développement durable. Les Tchadiens en ont conscience. A ce titre, ils développent l’agriculture maraichère sur les rives d’un Logone et d’un Chari asséchés. Des petits marchés essaiment à N’djamena. Les étales de fortune ploient sous l’abondance des légumes et des fruits. Les mangues sélectionnées et les pastèques sont plus visibles. Si seulement le millième des fonds utilisés pour l’achat des armes avait été consacré à l’agriculture, les risques de disette souvent signalés par le Fonds pour l’agriculture et l’alimentation, FAO, n’auraient pas tiré la sonnette d’alarme.
C’est un miracle de voir les légumes poussés ici. Le Tchad n’a pas les moyens techniques et financiers d’Israël ou d’Egypte. Ces pays transforment les déserts en terres arables.
L’abondance soudaine du pétrole est un mirage au Tchad. Il s’agit d’une énergie non renouvelable. De ce fait, les puits se videront un jour ou l’autre. C’est presque le cas actuel du Gabon et du Nigeria. Ils sont à la quête des alternatives crédibles à l’épuisement du boom pétrolier.  D’ailleurs, la gestion du pétrole relève le plus souvent du pouvoir discrétionnaire des hommes à la tête des pays. Ils n’ont pas l’obligation de rendre compte au peuple.
Le troisième graphique au dessus des deux autres sur le logo du MPS est une flamme triomphante. Elle devrait traduire la torche d’éveil d’un Tchad émergent. Ce stade de développement exige un préalable : l’industrialisation. Elle ne se réalise pas sans énergie. Or l’électricité est rare au Tchad. Les réunions nocturnes se servent davantage du clair de lune. Les citoyens en sont encore à dormir à la belle étoile. La chaleur les chasse de leurs domiciles. Ils ne connaissent ni ventilation ni climatisation.
De toute façon, l’industrialisation du Tchad a besoin de l’appui soutenu de l’économie créative. Cependant, le contenu de politique culturelle est flou dans le programme de développement du Tchad intitulé «en avant-garde de la renaissance ». La renaissance en question est plus économique et moins culturelle. La preuve, N’djamena est le théâtre des coups de pioches. La terre est creusée pour le passage de la fibre optique en provenance du Cameroun. La capitale est remuée dans tous les sens pour la construction d’un second pont sur le Chari par les Chinois.
Le quinquennat de la renaissance était précédé par celui dit « social ». L’un des résultats est la construction d’un hôpital mère-enfant d’envergure. Une fois encore, la culture a souffert de négligence et d’abandon durant le quinquennat social. La preuve, toutes les maisons de la culture au Tchad sont orphelines.  Or, le pays ne compte que l’Institut français. Par conséquent, la diffusion de la culture est presque nulle. La seule marque positive est la libre circulation des artistes et des biens. Aucun agent de police ne limite la mobilité des hommes de culture à la frontière. Les gens vont et viennent de part et d’autre du pont. Il faut aller vers les autorités pour obtenir le visa d’entrée avec un sourire en coin contre zéro franc à débourser. Le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon, à cause leur protectionnisme réciproque, ont une leçon à apprendre.
Seulement, les Tchadiens ne partagent pas notre interprétation pacifiste du logo du MPS. Même les artistes regrettent la présence du fusil sur ledit symbole. Il sédimente la violence et le conflit. Les deux réalités restent des données permanentes dans le sub-conscient des Tchadiens. L’opposition du pays critique le fusil. C’est une volonté, soutient-elle, d’entretenir la terreur et de maintenir un régime au pouvoir par la manipulation de la peur et la présentation des outils de la répression armée. A la moindre tentative malheureuse, les balles exploseront la tête des manifestants et des mutins. La daba servira à leur creuser une tombe ou fausse commune, une fois tués. Si cela n’est pas possible, le feu au dessus accordera de les incinérer pour subversion.
Cette contre-lecture n’est pas à négliger. Le Tchad est la république de la Kalachinokov.  La place de la nation le démontre à souhait. Les pouvoirs publics l’ont construite à la faveur de la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance tchadienne. C’est un espace moderne en face du palais présidentiel. La statue d’un soldat y donne le salut militaire devant la porte de la présidence. Or, le buste d’un Japhet N’doram assorti d’un ballon, le plus grand footballeur tchadien de tous les temps, en ces lieux aurait mis les citoyens d’accord. Le guerrier semble faire une allégeance éternelle, proche de l’idolâtrie, à Idriss Deby Itno. Cette image contredit l’autre statut opposée. Il s’agit d’un esclave livre. Il a brisé les chaînes de la dépendance.
En réalité, le Président lui-même est un soldat de race. Il a déjà triomphé d’au moins deux mutineries. Ses chances étaient pourtant comptées du bout des doigts. Idriss Deby Itno avait lui aussi montré le bout du canon à son prédécesseur. Il s’agissait de le contraindre à fuir le pouvoir. Hissène Habré s’était alors échappé par le Nord-Cameroun voisin. Le Président déchu a aussi des faits d’arme. Il avait sorti Goukouni Wede du palais présidentiel à l’issue d’un coup d’Etat. Par ailleurs, ses troupes et celles de Kadhafi avaient longtemps échangé les coups de feu pour s’approprier la bande d’Aozou. Le Tchad n’arrive pas à se défaire de l’identité de régime à la gâchette facile. Le général d’armée, Kamougue Kamal AbdelKader, est décédé. Il y a deux jours de deuil national. Les drapeaux sont mis en berne pour la glorieuse mémoire du défunt. La nation lui doit des honneurs pour voir joué les premiers rôles lors du tout premier coup d’Etat du pays. L’assaut s’était soldé par la mort du Président Tombalbaye. 
Le deuil national retarde la publication des résultats de l’élection présidentielle. Le Président sortant est victorieux. Mais il revient à la cour constitutionnelle de la confirmer. Pourtant, le général défunt était candidat. Il avait même demandé de boycotter l’élection. Le Président l’avait nommé ministre conseiller spécial au palais. Mais le poste est resté vacant jusqu’à sa mort. Toutes ces considérations n’intéressent pas le tchadien ordinaire. Il aspire à mener une vie normale. C’est le cas de la cinquantaine de femmes aperçues à l’entrée de N’djamena. Chacun portait un ustensile de cuisine sur la tête. Elles accompagnent une jeune mariée à son foyer conjugal. La dote est un fait culturel au Tchad. L’épouse doit apprêter sa batterie de cuisine. Elle s’en sert le lendemain pour faire le tout premier repas dans son ménage. Le rêve d’une vie ordinaire, c’est aussi l’idéal d’un comédien de rue non loin du pont sur le Chari. Il amusait la galerie avec une queue sur le postérieur comme savent la posséder les diables. Le public bavait de voir un humoriste déguisé en vieillard. C’est une recette héritée du Camerounais Jean-Miché Kankan. Selon lui, les personnes du 3è âge sont des individus risibles. Ils incarnent donc le mieux le rire et le ridicule. Cette vie du sourire permanent et de l’absence des crépitements de fusil est l’aspiration légitime des Tchadiens. Telle est aussi l’intention des concepteurs du logo du MPS. Malheureusement, les commentaires et les interprétations sont libres.


Arts Can Make or Mar in Politics

The logo of the Patriotic Salvation Movement, MPS, seen on 13 May, 2011 in the afternoon in N'Djamena is a piece of art. It is a successful political marketing tool at the service of the ruling party in the Chad. The image is spread all over the country. Chad is 1294 000 000 km2 wide and large. According to the President, the slogan that is underscored by the logo is "Chad at the fore-front of revival”. The slogan is backed by three instruments on the logo. The first one is a long-range rifle. It was the sole image on the logo. A daba has been added since 1996. It crushes the aforementioned rifle in the form of cross.
Untold meanings of the message signal that firearms have stopped ruling supreme in Chad. Prominence is now given to the burial of the hatchet. Indeed, the first fifty years of the country tell the story of coups, revolutions and other mass atrocities. Therefore, war is an old habit in Chad. A new era has to see the light of day. The "daba", second icon, is authoritatively present. It passes on the message that the way-back to farming should be treated as a case of the emergency. Agricultural revolution can secure sustainable development. Chadians are aware of it. As such, they grow vegetables on the banks of Logone and Chari that have dried up. Small markets spread out in N'Djamena. Makeshift stalls bend under the abundance of vegetables and some fruits. Mangoes and watermelons are more visible. If small amounts of money had been deducted from funds that purchased weapons so as to invest in farming, the risks of food scarcity often indicated by the Food and Agriculture Organisation, FAO, would not have ringed the bell. It is a miracle to see vegetables grow here. Chad cannot boost of having the technical expertise and financial means of Israel or Egypt. These countries transform deserts into farmlands.
The sudden oil overflow is an optical illusion Chad. Petrol is not a renewable energy. Therefore, wells shall run short of petrol one day or the other. Gabon and Nigeria are already experiencing oil exhaustion. Both countries are devising fruitful alternatives to the crisis. Moreover, oil is managed under the discretion of people in leadership position. They are not accountable to the rank-and-file.
The third image above the two others on the logo of MPS is a triumphant flame. It should translate the enlightenment torch of an emerging Chad to come soon. This development phase requires a prerequisite: industrialisation. This is not achievable in a country that lacks energy. Electricity is a sad story in Chad. Night meetings hold under moonlight. Citizens are still sleeping outside. They cannot stand the heat in their houses. Ventilation or air-condition is unknown to them since there is no light
Anyway, industrialisation in Chad needs steady support from creative economy. However, cultural policy is vague in the development programme dubbed "at the fore-front of revival in Chad". The said revival is more economic and less cultural. Actually, N'Djamena is the hotpot of pickaxes knocking here and there. The ground is dug to make way for optic fibre from Cameroon. Construction works are on in the capital city. Chinese are building a second bridge on Chari.
The five-year revival programme was preceded by that so-called "social" agenda. One of its results is the construction of a large-scale mother-child hospital. Once more, culture was neglected and abandoned during social five-year programme. Actually, all community arts centres in Chad are in a desperate situation. The country only has the French Institute. Consequently, culture is poorly disseminated. The only positive observation is the free flow of artists and goods. No policeman limits the mobility of the men of culture at borders. People go and come on both sides along the bridge. It is necessary to go towards the authorities to obtain toll-free entry visa with an official smiling. Cameroon, Equatorial Guinea and Gabon, because they apply mutual protectionism rules, have a lesson to learn.
However, Chadians do not agree with our pacifist interpretation of MPS logo. Even the artists criticise the appearance of the rifle on the aforementioned symbol. It portrays the idea that violence and conflict are not easy to get rid of. Chadians live with this trauma in their minds. Opposition parties in the country also criticise the rifle. It is an expressed will, it is reported, to exercise terror and maintain a regime in power by instilling fear and displaying the tools of armed repression. The slightest mistake shall face armed response as bullets will explode demonstrators and mutineers’ heads. The "daba" shall help bury them or dig them a mass grave, once the concerned persons are killed. If such an operation fails, the flame above shall burn them to death for subversion.
This criticism demands no neglect. Chad is the republic of Kalachinokov guns. The nation square is a vivid evidence of this. Public authorities constructed it thanks to the celebration of the fiftieth anniversary of Chadian Independence. It is a modern space in front of the presidential palace. The sculpture of a soldier gives a military salute in front of the door of the presidency. Now, the bust of Japhet N' doram with a ball, the all-time greatest Chadian football player, in replacement of the soldier on the same spot would have convinced the overwhelming majority of Chadians. The warrior seems to eternally worship, almost idolising, Idriss Deby Itno. This image contradicts the other statue that is located some kilometres away. It is a slave who has freed himself. He has unchained his hands to secure independence.
Actually, the President himself is a born-soldier. He has already crushed at least two mutinies. His chances were very slim, though. Idriss Deby Itno used guns to topple his predecessor. Hissène Habré then had to escape by nearby North-Cameroon. The fallen President also used firearms. He overthrew Goukouni Wede following a successful coup. Besides, his troops fought Kadhafi’s army in order to have control over the Aozou strip. Chad fails to get rid of the identity of a regime that easily takes up arms. Army general Kamougue Kamal AbdelKader has just died. A 3-day national national mourning decree has been signed. Flags are at half-mast for the glorious memory of the deceased. The nation is paying him tribute for his key role in the maiden coup that toppled Chad’s first President Tombalbaye in 1975.
The national mourning is delaying the publication of the results of the presidential election. The incumbent has carried the day. But it is up to the constitutional court to confirm the results. Nevertheless, the general deceased was a candidate. He had even asked people to boycott the election. The President had appointed him Minister-special Advisor to the Head of state. But he showed less interest for it until he died. All these considerations mean nothing to common Chadians. They want to live a normal life almost like the fifty women seen at the Southern entry to N'Djamena. Each woman was carrying a kitchen appliance on her head. The women were taking a bride to her new home. The wife has to secure the kitchen tools of her new house. She shall use them the next day to prepare the very first meal in her household. The dream of a common life is also the ideal of a street comedian seen not far from the bridge on Chari. He clowned around with a tail as a devil. The public enjoyed the humorist disguised in an old man attire. It is a recipe inherited from the Cameroonian Jean-Miché Kankan. According to him, the elderly are individuals with a lot of humour. They embody best the laughter and the ridiculous. This life with a permanent smile and the absence of crackling rifles is the ultimate goal of Chadians. Such might also has been the intention of the designers of the MPS logo. Unfortunately, people are free to make comments and interpretations.

dimanche 8 mai 2011

Build-Up to the Publication of Press Freedom Index in Cameroon

The news that leaked in Cameroon this week of press freedom is that Bertrand Teyou is free. He wrote the book La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. Cameroon’s first Lady is overtly criticised in the book. An over-zealous administrative official took upon himself to raise hell about it.  
This reminds me of something. Cameroon challenged its classification on the World Press Freedom Index in 2010. Reporter without Border’s report angered the Minister of Communication in Cameroon. The country was shifted to the 39th position in Africa, and129th on world classification. Issa Tchiroma Bakary was scandalised and almost denounced an international plot against the country. Nevertheless, he is the only one to have been caught off-guard. Indeed, the journalist Bibi Ngota died in prison. He was detained along side two other fellow journalists. For sure, it was not due to any press violation. They were charged for common law offences. But it remains that a journalist died in prison. Public authorities even tried to challenge him that he did not deserve the status of journalist. Indeed, Bibi Ngota was not awarded a diploma by any journalism or communication training school. However, Cameroonian law recognizes the status of journalist to any person who earns his living on information gathering processing over a minimum of 6 years even without any formal training. Actually, Pius Njawé is the sole Cameroonian who contributed to the Windhoek declaration. His legacy to Cameroon is a well established critical private newspaper and Freedom FM, a radio station with all technical equipment that has never been authorised to operate. Pius Njawé was trained on the job.  So was Bibi Ngota. To make things worse, the honour of the deceased journalist had been desecrated. It was officially reported that he died from HIV-AIDS.
Reporter without Borders’s next classification will be published in October, 2011. The same causes may have the same consequence. The Senior Divisional Officer of Mfoundi banned a festival on human rights under motives of possible public disorder, absence of authorisation from the Ministry of Culture and no receipt of holding a any public event. The festival was sponsored by the European Union. This ban marks the second conflict between the European Union and Cameroon in a few months. The first misunderstanding had to do with the grant for homosexuals. If in the last case mentioned, the Minister of External Relations was somehow right to react against the grant in a country where homosexuality is considered a crime by law, in the first one the administration gets it all wrong. It is even an insult made to the intelligence of Cameroonians to think that the screening of some movies, be they provocative, can cause revolutions. It is naïve to continue to believe that media have a powerful impact on people. The audience selects messages. It is not a sluggish mass that is ready to receive everything. Besides, the festival on human rights has caused the firing of the Director of cinematography in the ministry of Culture was fired. Johnson Wang authorised the screening of films such Revolution, mode d’emploi and many others. 
The administration has given another blow. The Sub-Divisional Officer of Yaoundé III has banned a documentary on banana. The police intervened. The organisers were blamed that they did not have an authorisation to hold a public event. Now, Frank Bieleu's documentary merely displays the working conditions and wage in the industrial banana plantations of Penja in the region of Littoral. All these bans, sorts of come-back to censorship, make cheap and good noise for minor events. The last big budget in film is the movie Les Saignantes. One of the best festivals in the country is Ecrans noirs. But public authorities hardly celebrate them.
The classification of Cameroon next October is going to surprise again. Now, it will just be a matter of perception and index. They do not measure absolute truth. Figures reign supreme in all classifications. But the quantitativism does not constitute the only axis that explains life. There is also qualitativism. It is up to the state to take advantage of figures that are made public to improve the living conditions of citizens. Always being ready to contradict the figures that are published is a waste of time when people are in need of moving forward.

Vers la publication de l'indice de la liberté de la presse 2011 au Cameroun

Une information filtre en cette semaine de la liberté de la presse au Cameroun. C’est la libération de Bertrand Teyou. Il est l’auteur du livre La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. La Première dame camerounaise y est critiquée de manière explicite. Un responsable administratif a pris sur lieu de faire un foin d’enfer à propos.
Cet état des choses me rappelle des choses.Le Cameroun a contredit son classement dans l’indice de liberté de la presse en 2010. Le rapport de Reporter sans frontière a davantage courroucé le ministre camerounais de la Communication.  Le pays avait alors dégringolé à la 39è place africaine et la 129è mondiale. Issa Tchiroma Bakary avait crié au scandale et au complot international. Pourtant, il est le seul à avoir été surpris. En effet, le journaliste Bibi Ngota est décédé en prison. Il était en détention avec deux autres de ses confrères. Certes, il ne s’agissait des délits de presse. Ils étaient poursuivis pour des délits de droit commun. Mais il reste qu’un journaliste est mort en prison. Les pouvoirs publics essayaient même de lui discuter le titre de journaliste. En effet, Bibi Ngota n’était diplômé d’aucune école de formation en journalisme ou communication.  Seulement, la loi camerounaise reconnaît le statut de journaliste à toute personne qui gagne sa vie de la collecte et du traitement de l’information. Pius Njawé est le seul Camerounais signataire de la déclaration de Windhoek, il y a 20 ans. Son legs au Cameroun est un journal privé critique et un radio « Freedom FM » qui n’a jamais été autorisée à fonctionner malgré la présence de tous les équipements techniques. Pius Njawé s’est formé sur le tas. C’est aussi le cas de Bibi Ngota. Plus grave encore, l’honneur du journaliste décédé avait fait l’objet de profanation. Il serait mort de VIH-SIDA.
Le prochain classement de Reporter sans frontière sera publié en octobre 2011. Les mêmes causes risqueraient de produire les mêmes effets. Le préfet du Mfoundi a interdit la tenue d’un festival sur les droits de l’Homme. Les motifs sont des éventuels troubles de l’ordre public, absence du visa du ministère de la Culture et défaut du récépissé de déclaration de manifestation. Il s’agit d’un festival financé par l’Union Européenne. Cette interdiction marque le second conflit entre l’Union Européenne et le Cameroun en quelques mois. La première querelle concernait le financement de la cause des homosexuels. Si dans le dernier cas cité, le ministre des Relations extérieures peut avoir raison dans un pays où l’homosexualité est encore un crime, dans le premier l’administration se plante. C’est même faire insulte au confort intellectuel des Camerounais que de penser que la diffusion de certains films peut provoquer des révolutions inopportunes. Il est naïf de continuer de croire en la toute puissance des médias. Le public sélectionne les messages. Il n’est pas une masse inerte prête à tout recevoir. Par ailleurs, le festival sur les droits de l’Homme a provoqué le limogeage du Directeur de la cinematographie au ministère de la Culture. Il a autorisé la projection des films comme Révolution, mode d’emploi et plusieurs autres.
L’administration a encore frappé. Le sous-préfet de Yaoundé 3è a interdit la diffusion du documentaire Banane.  La police est intervenue. Elle reprochait aux organisateurs le défaut de présentation de l’autorisation de manifestation publique. Or, le documentaire de Frank Bieleu se contente de présenter les conditions de travail et salariales dans les bananeraies industrielles de Penja dans la région du Littoral.
Toutes ces interdictions, sortes de retour à la censure, font de la publicité gratuite à des évènements mineurs. Le dernier gros budget au cinéma est le film Les Saignantes. L’un des meilleurs festivals du pays, ce sont les Ecrans noirs.  Ils ont, pourtant, un faible écho auprès des pouvoirs publics.
Le classement du Cameroun en octobre prochain va encore surprendre. Or, il ne s’agira que de perception et d’indicateurs. Ce ne sont pas des marqueurs de vérités absolues. Les classements sont le règne des chiffres. Mais le quantitativisme ne constitue pas le seul axe de lecture de la vie. A côté, il y a le qualitativisme. Il revient donc à l’Etat de tirer avantage des chiffres offerts pour améliorer les conditions de vie des populations. Etre toujours prêt à quereller les chiffres avancés est une perte de temps au moment d’avancer.

lundi 2 mai 2011

Why Labour Day Is Useless in some Countries in Africa



Télesphore Mba Bizo


It is surprising to see Africans making a spectacle of themselves on 1st May. It represents the International Labour Day. In principle, this celebration comes after one has sacrificed over a year. But in Sub Saharan Africa, mostly, labour day is just another celebration. Actually, the calendar is full of public holidays. The anniversary date when somebody came to power is a public holiday. The launch of political party prevents people from working that day. Established churches also have, at least, two public holidays per year. Each state celebrates a national day. At times, there are two or more. Besides, there are anniversaries that worry state men, for instance, the date a former President or an opposition leader died. Only forces of law and order can work on such a day. Any successful encounter in sports calls for a public holiday. Citizens are paid for idling. The state steals them good working days. Even Saturday is a working day in some countries. But offices are closed that day. Incidentally, people use state cars the same day for shopping.
If countries do not encourage hard-work, citizens themselves cannot be praised. The most disciplined workers spend 8 hours per day in their offices. But they spend their time, when they are not online, playing computer games: cards, zuma, pinball and soccer with virtual encounters like champion’s league matches between Barcelona and Real de Madrid. The most meaningful moment is the time they spend to share bottles of beer at lunch. Nobody ever fails to show up at 12h. It is by that time that administrative documents are signed and processed in a hurry.
How can people justify the relevance of celebrating the international labour day when most workers hardly deliver their best? At this junction, celebrating becomes a mere repetition. That is the only thing that people do over the year. Again, most good workers actually stay at home. Only trade-unionists and administrative officials fight to deliver speeches at the rostrum.
Africa often complains that European development models are imposed on her. The West then acts as if the world is governed by rigid truth; as if laws and clear-cut formula govern the world. A sort of “copy and paste” process. For instance, Europe imagined that the protest in the Arab world would easily propagate and affect Sub Saharan Africa. Now, life is relativity. Many African countries went through hard times in the early 90s after the Berlin wall was demolished. On that occasion, Mathieu Kérékou or Sassou Nguesso were toppled following national conferences.

If Africa has something to learn from the West, it is the working model. 8 good working hours per day in an atmosphere of corporate culture, results-oriented spirit and respect for prescribed deadlines in service delivery. At times, Europe can disappoint many people because she acts as the master who teaches lessons to a continent that has failed grow old, and which enslaved and colonised nations with brutality in the past. It is then high time that new cooperation modes were planned and multiplied. Emerging countries, likely, constitute a destination. Among these countries, only China is making waves because she is a model of hard work to reckon with, even salaries may be low. Yet, South Korea, India, Bresil or Turkey also constitute laudable options. The time for appropriation has come. However, there is no need to duplicate poor examples. People are expected to contextualise without diluting the original quality. A committee of experts in charge of following-up and assessing appropriations and adaptations should see the day of light in countries.
The ultimate goal is to prompt workers within the sector of arts and culture to be devoted as if their workplace is a factory. This production of goods, services and wealth will go a long way to raise the bar of creative industries in the hierarchy of macro-economic contributions to states. The celebration of 1st May, I am humbly thinking, demands some previous and personal commitment to work. In this light, the British are entitled to celebration.  They worked hard to sell Kate and William’s wedding to the world. Even Africa consumed the culture of the United Kingdom through a ceremony. The beatification of Pope Jean-Paul II is the same success story. For sure, people are unlikely to stop frowning at him because of the Roman Catholic position against the use of condoms in a world where casual sex and HIV-AIDS prevail. But the new generations will keep the memory of a hard-working pope of our century.




Pourquoi la fête du travail est nulle dans certains pays d'Afrique


Télesphore Mba Bizo

Il est surprenant de voir les Africains se donner en spectacle le 1er mai. C’est la date de la journée internationale du travail. Cette célébration, en principe, intervient à l’issue d’une année de sacrifice. Mais en Afrique subsaharienne, surtout, la journée du travail est tout juste une autre fête. En réalité, le calendrier de ladite région est infesté de journées fériées, chômées et payées. La date anniversaire d’accession d’un tel au pouvoir est fériée. Le lancement d’un parti politique est journée morte. Les religions établies ont, au moins, deux jours libres dans le calendrier. Chaque Etat dispose d’une fête nationale. C’est parfois deux ou plus. Par ailleurs, il faut y adjoindre les mauvaises dates de l’histoire. C’est le cas du jour du décès d’un ancien Président ou d’un opposant politique de poigne. Seules les forces de sécurité sont à pied d’œuvre en ces moments-là. Toute victoire sportive d’éclat impose un arrêt  de travail. Les citoyens sont payés à ne rien faire. L’Etat leur soustrait une bonne brochette de leur temps de travail annuel. En effet, le samedi est un jour ouvrable. Mais personne n’ouvre son bureau le samedi. Fait curieux, les voitures de l’Etat font pourtant les courses ce jour-là. Le manque à gagner est considérable dans les caisses de l’Etat.
Si le pays décourage le travail, le citoyen lui-même ne fait pas mieux. Les plus disciplinés passent 8 heures de temps au travail. C’est pour, quand ils ne sont pas en ligne, jouer avec l’ordinateur : les cartes, Zuma, Pinball et le football avec des illusions de matches Barcelone-Real de Champion’s League. Les minutes de travail précieuses sont la pause de midi autour d’une bouteille. Nul ne rate le rendez-vous. Les documents administratifs sont signés et liquidés à ce moment-là.
Comment comprendre la célébration de la journée internationale du travail quand la majorité exécute seulement le service minimum ? A ce stade, fêter, c’est une tautologie. Les citoyens ne font que cela le long de l’année. D’ailleurs, les vrais travailleurs restent chez eux. Seuls les syndicalistes et les autorités se bousculent à prendre la parole à la tribune.
L’Afrique se plaint souvent de subir les modèles de développements européens. L’Occident agirait alors comme si le monde était une vérité exacte. Il obéirait à des lois et formules précises. Une sorte de « copier et coller ». Elle voyait la propagation facile du printemps arabe en Afrique subsaharienne. Or, la vie est une vérité relative. Quantité de pays ont vécu leur crise dans le début de la décennie 90 au lendemain de la chute du mur de Berlin. A l’occasion, Mathieu Kérékou ou Denis Sassou Nguesso avait quitté le pouvoir à l’issue des conférences nationales.
Si l’Afrique devait apprendre quelque chose de l’Occident, c’est le modèle de travail. 8 heures pleines par jour dans un contexte de culture d’entreprise, de fixation sur les résultats et de respect des délais de livraison des travaux. L’Europe peut parfois déplaire à cause de sa politique de donneuse de leçons à un continent resté éternel enfant et d’un passé esclavagiste et colonialiste. 
Il est donc grand temps d’envisager et de multiplier des nouveaux modes de coopération. Les pays émergents sont une piste probable. De tous, seule la Chine fait vraiment des vagues en Afrique car elle est modèle d’abnégation au travail malgré des salaires discutables. Pourtant, la Corée du Sud, l’Inde, le Brésil ou la Turquie constituent aussi des alternatives crédibles. L’heure des appropriations a sonné. Cependant, il ne s’agit pas de dupliquer des pâles copies. Il est question de les contextualiser sans en sacrifier la qualité d’origine. Un comité d’experts commis au suivi et à l’évaluation des appropriations et des adaptations de performance mérite de voir le jour dans les pays.
La finalité est d’inciter les employés du secteur des arts et de la culture à travailler comme s’ils étaient dans une usine. De cette production des biens, des services et des richesses dépendra la considération des industries créatives dans la hiérarchie des apports macro-économiques des nations. La célébration du 1er, à mon humble avis, exige un investissement préalable de soi. A ce titre, les Britanniques sont en droit de faire la fête. Ils ont bien travaillé pour vendre au monde entier le mariage de Kate et William. Même l’Afrique a, le temps d’une cérémonie, consommé la culture de la couronne britannique. La béatification du Pape Jean-Paul II rentre dans le même registre. Certes, la querelle de l’église contre l’usage du préservatif résiste à sa mémoire. Mais la postérité conserve de lui le souvenir d’un travailleur acharné de ce siècle.


Comment les arts peuvent-ils contribuer à la liberté d'expression?


Mike van Graan

Le programme PEN World Voices Festival en cours en ce moment à New York precise que la principale mission de l’organisation « est d’encourager les gens à se prononcer contre la censure et à condamner la suppression de liberté d'expression partout". Les trois signataires de cette introduction - Laszlo Jakab Orsos, le Directeur du Festival; Salman Rushdie, le président du comité de pilotage de festival et K. Anthony Appiah, le Président du Centre américain PEN, hôte du Festival, affirme plus loin "nous croyons dur comme fer en la  littérature comme une arme combat clé de cette bataille ».

L'Afrique du Sud célèbre ses 17 ans de démocratie cette semaine, 17 ans d'abolition de conseils de censure, 17 ans de liberté d'expression garantie dans la Constitution du pays qui dit : « chacun a le droit à la liberté d'expression qui inclut :
a. La liberté de la presse et d'autres médias ;
b. la liberté de recevoir et de diffuser les informations ou les idées;
c. la liberté de la créativité artistique et celle d'enseignement ;
d. et la liberté de la recherche scientifique.
Dans la programmation du Festival PEN, un extrait de ma pièce Green Man Flashing a fait l’objet d’une représentation comme lecture  au Martin E. Segal le Theatre. Des échanges ont suivi.
La pièce se déroule six semaines avant les deuxièmes élections en l'Afrique du Sud en 1999. Gabby Anderson, une ancien activiste politique désormais employée par le gouvernement dit qu’elle aurait été violée par un ministre de haut-vol et héros de la lutte anti-apartheid impeccable. Il a joué un rôle déterminant dans la répression de la violence entre le Congrès national africain (ANC) et le parti de Liberté Inkatha dans sa région d’origine du KwaZulu Natal. Si les accusations sont connues de tous, elles pourraient ternir l’image du parti au pouvoir, mener à des bains de sang lors des violences électorales et mettre en péril les investissements internationaux. L'ANC dépêche une délégation de deux personnes pour convaincre Anderson à éviter d’intenter un procès en justice.
Plutôt que le binôme nous - eux, noir-blanc, les bons et les mauvais des oppositions binaires qui avait dominé la période l'apartheid, Green Man Flashing cherche à explorer certaines des contradictions morales, les ironies raciales et les complexités politiques d'une société en transition. Il juxtapose les droits de l'homme individuels contre le meilleur (bien que comme défini par ceux qui sont au pouvoir) et la pandémie de violence de genre contre la violence politique, défiant le public à penser à ses positions morales dans une société en butte à des ambivalences politiques et morales.
A la première représentation de la pièce en 2004, suivie d’autres en 2005 (quelque temps avant Jacob Zuma – à présent le président sud-africain est accusé de viol), j'ai placé des livres dans les foyers des théâtres pour que le public réagisse à la pièce. Les observations les plus récurrentes et, à mon avis, les plus troublantes étaient : « une pièce osée, un travail courageux ». La lecture implicite est que traiter de tels thèmes dans l’Afrique du Sud post-apartheid est osé, impertinent et même dangereux.
Pourquoi cela serait-il le cas, me suis-je demandé, quand nous vivions dix ans de démocratie; quand, dans l'ère d'apartheid, certains d'entre nous ont été arrêtés pour avoir mis en scène une pièce de théâtre de rue considérée comme un rassemblement illégal, d'autres ont vu interdire leurs œuvres et d'autres avaient été appréhendés sans procès pour avoir critiqué l’apartheid au biais de leur créativité artistique. Pourquoi devrait-on considérer les auteurs comme des "courageux" quand ils exercent la liberté d'expression créative sous un gouvernement démocratiquement élu qui avait juré de soutenir une Constitution garantissant des droits de l'homme ?
À ce moment-là, bien sûr, Thabo Mbeki était le président du pays et c'était une période où le parti dirigeant était très sensible à toutes  sortes de critiques, où ceux qui ont osé critiquer - peu importe comment légitime était la critique - avaient été écartés et pris pour des racistes (ou des ultra-gauchistes s'ils n'étaient pas blancs), comme des gens qui ne pouvaient pas simplement accepter un gouvernement noir. C'était le temps où l'auto-censure était de mise.
Souvent, la communauté internationale se concentre sur ces pays où les conditions sont si répressives que nous nous émerveillons et célébrons ces artistes et auteurs qui critiquent le statu quo qui confisque les grands coûts financiers, personnels et même physiques. Mais parfois, même dans des pays démocratiques, on a besoin des auteurs, des artistes et des musiciens pour dire la vérité, la faire fonctionner, défier des nouveaux dogmes politiques, être la voix des sans voix
Les démocraties sont, en général, des œuvres à parfaire et il y aura toujours des tentatives de suppression de la liberté d'expression soit par une censure politique manifeste, le retrait de ressources économiques, l'intimidation ou alors  d'autres moyens par des autorités politiques ou les dirigeants d’une institution, une communauté ou une cause.
Tandis que, selon l’opinion générale, les arts ont besoin des conditions favorables à la liberté d'expression, la littérature, le théâtre, la musique, le cinéma, les arts visuels… sont aussi des moyens de création et de développement de telles conditions où elles n'existent pas ou sont menacées. La meilleure façon d'assurer la liberté artistique peut simplement être de le pratiquer.
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