mardi 22 novembre 2011

Une ville à la solde d'un industriel!

Elle a une dose de culot, Agnès Yougang! Les mains nues, à peine une caméra à l'épaule, elle s'oppose à la corruption, aux abus des droits humains, aux brimades contre l'approche genre, aux changements climatiques et à une industrialisation anarchique. Les hommes sont, en général, les meneurs de ces maux. Elle leur assène une gifle indirecte. La critique l'avait dèjà vue venir dans les gros sabots d'artiste engagée à la cause des droits humains. Il s'agissait d'une attaque frontale contre la justice populaire. Certes, le plateau de tournage appartient à Prince Dubois Onana. Mais elle apporte son micron militant à Sentence criminelle, d'après un entretien sur http://www.journalducameroun.com/article.php?aid=7645.

 
Une humanitaire à la caméra
La réalisatrice se défend de toute accointance avec mère Thérésa. Cette attitude déclenche un conflit entre l'Homme et l'oeuvre. Elle est avocate des causes perdues dans le documentaire. De manière concrète, le documentaire pose un problème contemporain. Il s’agit des nuisances sonores urbaines. Elles ont lieu dans le 3è, sinon le 4è pole économique du Cameroun. Le pays est en voie de développement. Le bassin d’emplois est inapte à absorber la masse de diplômés des universités. La débrouillardise devient par effraction la voie de sortie. Elle justifie l’installation d’une chaudière dans un quartier de Bafoussam. Or, il ne s’agit pas d’une zone industrielle. Mais le promoteur de la chaudière engraisse l’administration. Elle lui accorde tout, y compris les forces de l’ordre. Les ronrons des moteurs font perdre le sommeil aux voisins. Ils l’échappent belle un jour. La chaudière prise de folie provoque un semi-séisme. La catastrophe humaine secoue tout sur son passage. Les dialogues restituent les souvenirs du sinistre. Les riverains entendent « toup, toup, toup !!! », relate une fillette. Un «  top, top, top », captive l’attention des voisins, précise une personne du 3è âge.

Un film grave
Le film est d’une humeur grave. La réalisatrice le signifie dès l’amorce de la production. Un nuage de fumée échappe de la chaudière. La caméra suit le cumulus polluant au gré de ses caprices dans l’atmosphère. Le travail d’Agnès Yougang peut se  lire comme un film vert. Les problèmes écologiques persistent. La chaudière charrie des déchets toxiques. L’expansion de l’usine à la raffinerie en rajoute à l’aigreur des populations. Les gros plans des rigoles souillées à la soude caustique provoquent la nausée. Les produits chimiques causent un déséquilibre socio-anthropologique dans le quartier. La rivière perd de sa superbe. Elle subit l’invasion des mauvaises herbes. Il est désormais impossible d’en consommer les eaux. Elles sont un poison. Il donne la mort à tous les époux, confesse une veuve. Le problème posé à ce niveau est celui d’une industrialisation anarchique. Les firmes s’installent. Mais la gestion des déchets ne préoccupe personne. Agnès Yougang s’érige aussi en chantre de la lutte contre la corruption. Elle dénonce même la presse. Les médias sont au courant des tenants et aboutissants de la crise. Mais aucun n’en fait mention. Le documentaire crie à un complot administrativo-judiciaire. L’argentier Fotso a le dernier mot partout. Nul n’écoute la vieille dame.

Des bols d'oxygène aussi
Les férus des films d’action en ont aussi pour leurs comptes. La séquence de la dispute avec les maçons captive. La « mémé » s’arme de cailloux pour en découdre avec les imposteurs. La gendarmerie surprend la querelle. Une voix off parle aux cinéphiles. C’est un plus. En effet, la confession des forces de l’ordre est une gageure.

Maîtrise du sujet humain
Le documentaire est un succès thématique. Mais il exige des retouches garantir un triomphe esthétique. Un fond bleu trahit la qualité des sommations présentées comme pièces à conviction. L’opérateur de prise de vues omet de faire la balance des blancs. Le commentaire dit à la première personne du singulier justifie l’absence du trépied. Cependant, il devient incongru de voir cet instrument traîné derrière les interviewés lorsque débarque la gendarmerie. Si l’on peut comprendre Agnès Yougang dans les scènes de filature vraiment osées, on ne lui pardonne pas de tourner caméra à l’épaule à la rivière ou encore dans le calme de la concession familiale. Par ailleurs, l’humeur de la réalisatrice contraste avec celle du documentaire. Elle renvoie des sourires. Seul celui de la fin semble justifiable. Elle accueille la fille de retour de l’école dans ses bras. L’école est l’une des solutions proposées. Elle enseigne un monde juste et équitable. L’on y apprend surtout les valeurs et les questions citoyennes. Une fois grande, la fillette poursuivra le combat. Mais entre temps, son frère cadet est encore dans la crèche. Le biotope du nourrisson est pollué de soude caustique. Par conséquent, il est mort avant de naître. L’introduction du nouveau-né dans le documentaire séduit les techniciens. La lingerie de bébé est présentée au moins 10 minutes avant. Le spectateur souhaite voir l’enfant en question. Il arrive vers la fin du film.

Des déchets quand même
La post-production mérite révision. La bande son est en stéréo. L’une des pistes enregistre des commentaires de tournage. Il est question de la nettoyer. Par ailleurs, le générique de fin est muet.


mardi 17 mai 2011

L’art peut servir ou desservir le politique


Au niveau du Mouvement patriotique pour le salut, MPS, le logo perçu dans l’après-midi du 13 mai 2011 à N’djamena est une œuvre d’art. Elle constitue un coup de marketing politique militant au service du  parti au pouvoir au Tchad. La représentation du logo de cette formation politique est nationale. Le Tchad dispose d’une superficie de 1294 000 000 km2. D’après le Président, le slogan en appui à cette identité graphique est « en avant-garde de la renaissance tchadienne ». Le slogan soutient trois instruments graphiques. Le premier est un fusil de longue portée. Il était la seule image du logo du parti. Depuis 1996, une daba s’est ajoutée. Elle écrase ledit fusil sous forme de croix.
Les significations secondes  du message évoquent la fin du règne des armes à feu au Tchad. Elles mettent en relief l’enterrement de la hache de guerre. En effet, le premier cinquantenaire du pays est le récit des coups d’Etat, des révolutions de palais et d’autres atrocités en série. Par conséquent, la belligérance est une seconde nature au Tchad. Il faut tourner la page. La présence dominatrice de la daba, deuxième icône, transmet le message de l’urgence du retour au travail de la terre. La révolution verte constitue le gage d’un développement durable. Les Tchadiens en ont conscience. A ce titre, ils développent l’agriculture maraichère sur les rives d’un Logone et d’un Chari asséchés. Des petits marchés essaiment à N’djamena. Les étales de fortune ploient sous l’abondance des légumes et des fruits. Les mangues sélectionnées et les pastèques sont plus visibles. Si seulement le millième des fonds utilisés pour l’achat des armes avait été consacré à l’agriculture, les risques de disette souvent signalés par le Fonds pour l’agriculture et l’alimentation, FAO, n’auraient pas tiré la sonnette d’alarme.
C’est un miracle de voir les légumes poussés ici. Le Tchad n’a pas les moyens techniques et financiers d’Israël ou d’Egypte. Ces pays transforment les déserts en terres arables.
L’abondance soudaine du pétrole est un mirage au Tchad. Il s’agit d’une énergie non renouvelable. De ce fait, les puits se videront un jour ou l’autre. C’est presque le cas actuel du Gabon et du Nigeria. Ils sont à la quête des alternatives crédibles à l’épuisement du boom pétrolier.  D’ailleurs, la gestion du pétrole relève le plus souvent du pouvoir discrétionnaire des hommes à la tête des pays. Ils n’ont pas l’obligation de rendre compte au peuple.
Le troisième graphique au dessus des deux autres sur le logo du MPS est une flamme triomphante. Elle devrait traduire la torche d’éveil d’un Tchad émergent. Ce stade de développement exige un préalable : l’industrialisation. Elle ne se réalise pas sans énergie. Or l’électricité est rare au Tchad. Les réunions nocturnes se servent davantage du clair de lune. Les citoyens en sont encore à dormir à la belle étoile. La chaleur les chasse de leurs domiciles. Ils ne connaissent ni ventilation ni climatisation.
De toute façon, l’industrialisation du Tchad a besoin de l’appui soutenu de l’économie créative. Cependant, le contenu de politique culturelle est flou dans le programme de développement du Tchad intitulé «en avant-garde de la renaissance ». La renaissance en question est plus économique et moins culturelle. La preuve, N’djamena est le théâtre des coups de pioches. La terre est creusée pour le passage de la fibre optique en provenance du Cameroun. La capitale est remuée dans tous les sens pour la construction d’un second pont sur le Chari par les Chinois.
Le quinquennat de la renaissance était précédé par celui dit « social ». L’un des résultats est la construction d’un hôpital mère-enfant d’envergure. Une fois encore, la culture a souffert de négligence et d’abandon durant le quinquennat social. La preuve, toutes les maisons de la culture au Tchad sont orphelines.  Or, le pays ne compte que l’Institut français. Par conséquent, la diffusion de la culture est presque nulle. La seule marque positive est la libre circulation des artistes et des biens. Aucun agent de police ne limite la mobilité des hommes de culture à la frontière. Les gens vont et viennent de part et d’autre du pont. Il faut aller vers les autorités pour obtenir le visa d’entrée avec un sourire en coin contre zéro franc à débourser. Le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon, à cause leur protectionnisme réciproque, ont une leçon à apprendre.
Seulement, les Tchadiens ne partagent pas notre interprétation pacifiste du logo du MPS. Même les artistes regrettent la présence du fusil sur ledit symbole. Il sédimente la violence et le conflit. Les deux réalités restent des données permanentes dans le sub-conscient des Tchadiens. L’opposition du pays critique le fusil. C’est une volonté, soutient-elle, d’entretenir la terreur et de maintenir un régime au pouvoir par la manipulation de la peur et la présentation des outils de la répression armée. A la moindre tentative malheureuse, les balles exploseront la tête des manifestants et des mutins. La daba servira à leur creuser une tombe ou fausse commune, une fois tués. Si cela n’est pas possible, le feu au dessus accordera de les incinérer pour subversion.
Cette contre-lecture n’est pas à négliger. Le Tchad est la république de la Kalachinokov.  La place de la nation le démontre à souhait. Les pouvoirs publics l’ont construite à la faveur de la célébration du cinquantenaire de l’Indépendance tchadienne. C’est un espace moderne en face du palais présidentiel. La statue d’un soldat y donne le salut militaire devant la porte de la présidence. Or, le buste d’un Japhet N’doram assorti d’un ballon, le plus grand footballeur tchadien de tous les temps, en ces lieux aurait mis les citoyens d’accord. Le guerrier semble faire une allégeance éternelle, proche de l’idolâtrie, à Idriss Deby Itno. Cette image contredit l’autre statut opposée. Il s’agit d’un esclave livre. Il a brisé les chaînes de la dépendance.
En réalité, le Président lui-même est un soldat de race. Il a déjà triomphé d’au moins deux mutineries. Ses chances étaient pourtant comptées du bout des doigts. Idriss Deby Itno avait lui aussi montré le bout du canon à son prédécesseur. Il s’agissait de le contraindre à fuir le pouvoir. Hissène Habré s’était alors échappé par le Nord-Cameroun voisin. Le Président déchu a aussi des faits d’arme. Il avait sorti Goukouni Wede du palais présidentiel à l’issue d’un coup d’Etat. Par ailleurs, ses troupes et celles de Kadhafi avaient longtemps échangé les coups de feu pour s’approprier la bande d’Aozou. Le Tchad n’arrive pas à se défaire de l’identité de régime à la gâchette facile. Le général d’armée, Kamougue Kamal AbdelKader, est décédé. Il y a deux jours de deuil national. Les drapeaux sont mis en berne pour la glorieuse mémoire du défunt. La nation lui doit des honneurs pour voir joué les premiers rôles lors du tout premier coup d’Etat du pays. L’assaut s’était soldé par la mort du Président Tombalbaye. 
Le deuil national retarde la publication des résultats de l’élection présidentielle. Le Président sortant est victorieux. Mais il revient à la cour constitutionnelle de la confirmer. Pourtant, le général défunt était candidat. Il avait même demandé de boycotter l’élection. Le Président l’avait nommé ministre conseiller spécial au palais. Mais le poste est resté vacant jusqu’à sa mort. Toutes ces considérations n’intéressent pas le tchadien ordinaire. Il aspire à mener une vie normale. C’est le cas de la cinquantaine de femmes aperçues à l’entrée de N’djamena. Chacun portait un ustensile de cuisine sur la tête. Elles accompagnent une jeune mariée à son foyer conjugal. La dote est un fait culturel au Tchad. L’épouse doit apprêter sa batterie de cuisine. Elle s’en sert le lendemain pour faire le tout premier repas dans son ménage. Le rêve d’une vie ordinaire, c’est aussi l’idéal d’un comédien de rue non loin du pont sur le Chari. Il amusait la galerie avec une queue sur le postérieur comme savent la posséder les diables. Le public bavait de voir un humoriste déguisé en vieillard. C’est une recette héritée du Camerounais Jean-Miché Kankan. Selon lui, les personnes du 3è âge sont des individus risibles. Ils incarnent donc le mieux le rire et le ridicule. Cette vie du sourire permanent et de l’absence des crépitements de fusil est l’aspiration légitime des Tchadiens. Telle est aussi l’intention des concepteurs du logo du MPS. Malheureusement, les commentaires et les interprétations sont libres.


Arts Can Make or Mar in Politics

The logo of the Patriotic Salvation Movement, MPS, seen on 13 May, 2011 in the afternoon in N'Djamena is a piece of art. It is a successful political marketing tool at the service of the ruling party in the Chad. The image is spread all over the country. Chad is 1294 000 000 km2 wide and large. According to the President, the slogan that is underscored by the logo is "Chad at the fore-front of revival”. The slogan is backed by three instruments on the logo. The first one is a long-range rifle. It was the sole image on the logo. A daba has been added since 1996. It crushes the aforementioned rifle in the form of cross.
Untold meanings of the message signal that firearms have stopped ruling supreme in Chad. Prominence is now given to the burial of the hatchet. Indeed, the first fifty years of the country tell the story of coups, revolutions and other mass atrocities. Therefore, war is an old habit in Chad. A new era has to see the light of day. The "daba", second icon, is authoritatively present. It passes on the message that the way-back to farming should be treated as a case of the emergency. Agricultural revolution can secure sustainable development. Chadians are aware of it. As such, they grow vegetables on the banks of Logone and Chari that have dried up. Small markets spread out in N'Djamena. Makeshift stalls bend under the abundance of vegetables and some fruits. Mangoes and watermelons are more visible. If small amounts of money had been deducted from funds that purchased weapons so as to invest in farming, the risks of food scarcity often indicated by the Food and Agriculture Organisation, FAO, would not have ringed the bell. It is a miracle to see vegetables grow here. Chad cannot boost of having the technical expertise and financial means of Israel or Egypt. These countries transform deserts into farmlands.
The sudden oil overflow is an optical illusion Chad. Petrol is not a renewable energy. Therefore, wells shall run short of petrol one day or the other. Gabon and Nigeria are already experiencing oil exhaustion. Both countries are devising fruitful alternatives to the crisis. Moreover, oil is managed under the discretion of people in leadership position. They are not accountable to the rank-and-file.
The third image above the two others on the logo of MPS is a triumphant flame. It should translate the enlightenment torch of an emerging Chad to come soon. This development phase requires a prerequisite: industrialisation. This is not achievable in a country that lacks energy. Electricity is a sad story in Chad. Night meetings hold under moonlight. Citizens are still sleeping outside. They cannot stand the heat in their houses. Ventilation or air-condition is unknown to them since there is no light
Anyway, industrialisation in Chad needs steady support from creative economy. However, cultural policy is vague in the development programme dubbed "at the fore-front of revival in Chad". The said revival is more economic and less cultural. Actually, N'Djamena is the hotpot of pickaxes knocking here and there. The ground is dug to make way for optic fibre from Cameroon. Construction works are on in the capital city. Chinese are building a second bridge on Chari.
The five-year revival programme was preceded by that so-called "social" agenda. One of its results is the construction of a large-scale mother-child hospital. Once more, culture was neglected and abandoned during social five-year programme. Actually, all community arts centres in Chad are in a desperate situation. The country only has the French Institute. Consequently, culture is poorly disseminated. The only positive observation is the free flow of artists and goods. No policeman limits the mobility of the men of culture at borders. People go and come on both sides along the bridge. It is necessary to go towards the authorities to obtain toll-free entry visa with an official smiling. Cameroon, Equatorial Guinea and Gabon, because they apply mutual protectionism rules, have a lesson to learn.
However, Chadians do not agree with our pacifist interpretation of MPS logo. Even the artists criticise the appearance of the rifle on the aforementioned symbol. It portrays the idea that violence and conflict are not easy to get rid of. Chadians live with this trauma in their minds. Opposition parties in the country also criticise the rifle. It is an expressed will, it is reported, to exercise terror and maintain a regime in power by instilling fear and displaying the tools of armed repression. The slightest mistake shall face armed response as bullets will explode demonstrators and mutineers’ heads. The "daba" shall help bury them or dig them a mass grave, once the concerned persons are killed. If such an operation fails, the flame above shall burn them to death for subversion.
This criticism demands no neglect. Chad is the republic of Kalachinokov guns. The nation square is a vivid evidence of this. Public authorities constructed it thanks to the celebration of the fiftieth anniversary of Chadian Independence. It is a modern space in front of the presidential palace. The sculpture of a soldier gives a military salute in front of the door of the presidency. Now, the bust of Japhet N' doram with a ball, the all-time greatest Chadian football player, in replacement of the soldier on the same spot would have convinced the overwhelming majority of Chadians. The warrior seems to eternally worship, almost idolising, Idriss Deby Itno. This image contradicts the other statue that is located some kilometres away. It is a slave who has freed himself. He has unchained his hands to secure independence.
Actually, the President himself is a born-soldier. He has already crushed at least two mutinies. His chances were very slim, though. Idriss Deby Itno used guns to topple his predecessor. Hissène Habré then had to escape by nearby North-Cameroon. The fallen President also used firearms. He overthrew Goukouni Wede following a successful coup. Besides, his troops fought Kadhafi’s army in order to have control over the Aozou strip. Chad fails to get rid of the identity of a regime that easily takes up arms. Army general Kamougue Kamal AbdelKader has just died. A 3-day national national mourning decree has been signed. Flags are at half-mast for the glorious memory of the deceased. The nation is paying him tribute for his key role in the maiden coup that toppled Chad’s first President Tombalbaye in 1975.
The national mourning is delaying the publication of the results of the presidential election. The incumbent has carried the day. But it is up to the constitutional court to confirm the results. Nevertheless, the general deceased was a candidate. He had even asked people to boycott the election. The President had appointed him Minister-special Advisor to the Head of state. But he showed less interest for it until he died. All these considerations mean nothing to common Chadians. They want to live a normal life almost like the fifty women seen at the Southern entry to N'Djamena. Each woman was carrying a kitchen appliance on her head. The women were taking a bride to her new home. The wife has to secure the kitchen tools of her new house. She shall use them the next day to prepare the very first meal in her household. The dream of a common life is also the ideal of a street comedian seen not far from the bridge on Chari. He clowned around with a tail as a devil. The public enjoyed the humorist disguised in an old man attire. It is a recipe inherited from the Cameroonian Jean-Miché Kankan. According to him, the elderly are individuals with a lot of humour. They embody best the laughter and the ridiculous. This life with a permanent smile and the absence of crackling rifles is the ultimate goal of Chadians. Such might also has been the intention of the designers of the MPS logo. Unfortunately, people are free to make comments and interpretations.

dimanche 8 mai 2011

Build-Up to the Publication of Press Freedom Index in Cameroon

The news that leaked in Cameroon this week of press freedom is that Bertrand Teyou is free. He wrote the book La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. Cameroon’s first Lady is overtly criticised in the book. An over-zealous administrative official took upon himself to raise hell about it.  
This reminds me of something. Cameroon challenged its classification on the World Press Freedom Index in 2010. Reporter without Border’s report angered the Minister of Communication in Cameroon. The country was shifted to the 39th position in Africa, and129th on world classification. Issa Tchiroma Bakary was scandalised and almost denounced an international plot against the country. Nevertheless, he is the only one to have been caught off-guard. Indeed, the journalist Bibi Ngota died in prison. He was detained along side two other fellow journalists. For sure, it was not due to any press violation. They were charged for common law offences. But it remains that a journalist died in prison. Public authorities even tried to challenge him that he did not deserve the status of journalist. Indeed, Bibi Ngota was not awarded a diploma by any journalism or communication training school. However, Cameroonian law recognizes the status of journalist to any person who earns his living on information gathering processing over a minimum of 6 years even without any formal training. Actually, Pius Njawé is the sole Cameroonian who contributed to the Windhoek declaration. His legacy to Cameroon is a well established critical private newspaper and Freedom FM, a radio station with all technical equipment that has never been authorised to operate. Pius Njawé was trained on the job.  So was Bibi Ngota. To make things worse, the honour of the deceased journalist had been desecrated. It was officially reported that he died from HIV-AIDS.
Reporter without Borders’s next classification will be published in October, 2011. The same causes may have the same consequence. The Senior Divisional Officer of Mfoundi banned a festival on human rights under motives of possible public disorder, absence of authorisation from the Ministry of Culture and no receipt of holding a any public event. The festival was sponsored by the European Union. This ban marks the second conflict between the European Union and Cameroon in a few months. The first misunderstanding had to do with the grant for homosexuals. If in the last case mentioned, the Minister of External Relations was somehow right to react against the grant in a country where homosexuality is considered a crime by law, in the first one the administration gets it all wrong. It is even an insult made to the intelligence of Cameroonians to think that the screening of some movies, be they provocative, can cause revolutions. It is naïve to continue to believe that media have a powerful impact on people. The audience selects messages. It is not a sluggish mass that is ready to receive everything. Besides, the festival on human rights has caused the firing of the Director of cinematography in the ministry of Culture was fired. Johnson Wang authorised the screening of films such Revolution, mode d’emploi and many others. 
The administration has given another blow. The Sub-Divisional Officer of Yaoundé III has banned a documentary on banana. The police intervened. The organisers were blamed that they did not have an authorisation to hold a public event. Now, Frank Bieleu's documentary merely displays the working conditions and wage in the industrial banana plantations of Penja in the region of Littoral. All these bans, sorts of come-back to censorship, make cheap and good noise for minor events. The last big budget in film is the movie Les Saignantes. One of the best festivals in the country is Ecrans noirs. But public authorities hardly celebrate them.
The classification of Cameroon next October is going to surprise again. Now, it will just be a matter of perception and index. They do not measure absolute truth. Figures reign supreme in all classifications. But the quantitativism does not constitute the only axis that explains life. There is also qualitativism. It is up to the state to take advantage of figures that are made public to improve the living conditions of citizens. Always being ready to contradict the figures that are published is a waste of time when people are in need of moving forward.

Vers la publication de l'indice de la liberté de la presse 2011 au Cameroun

Une information filtre en cette semaine de la liberté de la presse au Cameroun. C’est la libération de Bertrand Teyou. Il est l’auteur du livre La Belle de la République bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. La Première dame camerounaise y est critiquée de manière explicite. Un responsable administratif a pris sur lieu de faire un foin d’enfer à propos.
Cet état des choses me rappelle des choses.Le Cameroun a contredit son classement dans l’indice de liberté de la presse en 2010. Le rapport de Reporter sans frontière a davantage courroucé le ministre camerounais de la Communication.  Le pays avait alors dégringolé à la 39è place africaine et la 129è mondiale. Issa Tchiroma Bakary avait crié au scandale et au complot international. Pourtant, il est le seul à avoir été surpris. En effet, le journaliste Bibi Ngota est décédé en prison. Il était en détention avec deux autres de ses confrères. Certes, il ne s’agissait des délits de presse. Ils étaient poursuivis pour des délits de droit commun. Mais il reste qu’un journaliste est mort en prison. Les pouvoirs publics essayaient même de lui discuter le titre de journaliste. En effet, Bibi Ngota n’était diplômé d’aucune école de formation en journalisme ou communication.  Seulement, la loi camerounaise reconnaît le statut de journaliste à toute personne qui gagne sa vie de la collecte et du traitement de l’information. Pius Njawé est le seul Camerounais signataire de la déclaration de Windhoek, il y a 20 ans. Son legs au Cameroun est un journal privé critique et un radio « Freedom FM » qui n’a jamais été autorisée à fonctionner malgré la présence de tous les équipements techniques. Pius Njawé s’est formé sur le tas. C’est aussi le cas de Bibi Ngota. Plus grave encore, l’honneur du journaliste décédé avait fait l’objet de profanation. Il serait mort de VIH-SIDA.
Le prochain classement de Reporter sans frontière sera publié en octobre 2011. Les mêmes causes risqueraient de produire les mêmes effets. Le préfet du Mfoundi a interdit la tenue d’un festival sur les droits de l’Homme. Les motifs sont des éventuels troubles de l’ordre public, absence du visa du ministère de la Culture et défaut du récépissé de déclaration de manifestation. Il s’agit d’un festival financé par l’Union Européenne. Cette interdiction marque le second conflit entre l’Union Européenne et le Cameroun en quelques mois. La première querelle concernait le financement de la cause des homosexuels. Si dans le dernier cas cité, le ministre des Relations extérieures peut avoir raison dans un pays où l’homosexualité est encore un crime, dans le premier l’administration se plante. C’est même faire insulte au confort intellectuel des Camerounais que de penser que la diffusion de certains films peut provoquer des révolutions inopportunes. Il est naïf de continuer de croire en la toute puissance des médias. Le public sélectionne les messages. Il n’est pas une masse inerte prête à tout recevoir. Par ailleurs, le festival sur les droits de l’Homme a provoqué le limogeage du Directeur de la cinematographie au ministère de la Culture. Il a autorisé la projection des films comme Révolution, mode d’emploi et plusieurs autres.
L’administration a encore frappé. Le sous-préfet de Yaoundé 3è a interdit la diffusion du documentaire Banane.  La police est intervenue. Elle reprochait aux organisateurs le défaut de présentation de l’autorisation de manifestation publique. Or, le documentaire de Frank Bieleu se contente de présenter les conditions de travail et salariales dans les bananeraies industrielles de Penja dans la région du Littoral.
Toutes ces interdictions, sortes de retour à la censure, font de la publicité gratuite à des évènements mineurs. Le dernier gros budget au cinéma est le film Les Saignantes. L’un des meilleurs festivals du pays, ce sont les Ecrans noirs.  Ils ont, pourtant, un faible écho auprès des pouvoirs publics.
Le classement du Cameroun en octobre prochain va encore surprendre. Or, il ne s’agira que de perception et d’indicateurs. Ce ne sont pas des marqueurs de vérités absolues. Les classements sont le règne des chiffres. Mais le quantitativisme ne constitue pas le seul axe de lecture de la vie. A côté, il y a le qualitativisme. Il revient donc à l’Etat de tirer avantage des chiffres offerts pour améliorer les conditions de vie des populations. Etre toujours prêt à quereller les chiffres avancés est une perte de temps au moment d’avancer.

lundi 2 mai 2011

Why Labour Day Is Useless in some Countries in Africa



Télesphore Mba Bizo


It is surprising to see Africans making a spectacle of themselves on 1st May. It represents the International Labour Day. In principle, this celebration comes after one has sacrificed over a year. But in Sub Saharan Africa, mostly, labour day is just another celebration. Actually, the calendar is full of public holidays. The anniversary date when somebody came to power is a public holiday. The launch of political party prevents people from working that day. Established churches also have, at least, two public holidays per year. Each state celebrates a national day. At times, there are two or more. Besides, there are anniversaries that worry state men, for instance, the date a former President or an opposition leader died. Only forces of law and order can work on such a day. Any successful encounter in sports calls for a public holiday. Citizens are paid for idling. The state steals them good working days. Even Saturday is a working day in some countries. But offices are closed that day. Incidentally, people use state cars the same day for shopping.
If countries do not encourage hard-work, citizens themselves cannot be praised. The most disciplined workers spend 8 hours per day in their offices. But they spend their time, when they are not online, playing computer games: cards, zuma, pinball and soccer with virtual encounters like champion’s league matches between Barcelona and Real de Madrid. The most meaningful moment is the time they spend to share bottles of beer at lunch. Nobody ever fails to show up at 12h. It is by that time that administrative documents are signed and processed in a hurry.
How can people justify the relevance of celebrating the international labour day when most workers hardly deliver their best? At this junction, celebrating becomes a mere repetition. That is the only thing that people do over the year. Again, most good workers actually stay at home. Only trade-unionists and administrative officials fight to deliver speeches at the rostrum.
Africa often complains that European development models are imposed on her. The West then acts as if the world is governed by rigid truth; as if laws and clear-cut formula govern the world. A sort of “copy and paste” process. For instance, Europe imagined that the protest in the Arab world would easily propagate and affect Sub Saharan Africa. Now, life is relativity. Many African countries went through hard times in the early 90s after the Berlin wall was demolished. On that occasion, Mathieu Kérékou or Sassou Nguesso were toppled following national conferences.

If Africa has something to learn from the West, it is the working model. 8 good working hours per day in an atmosphere of corporate culture, results-oriented spirit and respect for prescribed deadlines in service delivery. At times, Europe can disappoint many people because she acts as the master who teaches lessons to a continent that has failed grow old, and which enslaved and colonised nations with brutality in the past. It is then high time that new cooperation modes were planned and multiplied. Emerging countries, likely, constitute a destination. Among these countries, only China is making waves because she is a model of hard work to reckon with, even salaries may be low. Yet, South Korea, India, Bresil or Turkey also constitute laudable options. The time for appropriation has come. However, there is no need to duplicate poor examples. People are expected to contextualise without diluting the original quality. A committee of experts in charge of following-up and assessing appropriations and adaptations should see the day of light in countries.
The ultimate goal is to prompt workers within the sector of arts and culture to be devoted as if their workplace is a factory. This production of goods, services and wealth will go a long way to raise the bar of creative industries in the hierarchy of macro-economic contributions to states. The celebration of 1st May, I am humbly thinking, demands some previous and personal commitment to work. In this light, the British are entitled to celebration.  They worked hard to sell Kate and William’s wedding to the world. Even Africa consumed the culture of the United Kingdom through a ceremony. The beatification of Pope Jean-Paul II is the same success story. For sure, people are unlikely to stop frowning at him because of the Roman Catholic position against the use of condoms in a world where casual sex and HIV-AIDS prevail. But the new generations will keep the memory of a hard-working pope of our century.




Pourquoi la fête du travail est nulle dans certains pays d'Afrique


Télesphore Mba Bizo

Il est surprenant de voir les Africains se donner en spectacle le 1er mai. C’est la date de la journée internationale du travail. Cette célébration, en principe, intervient à l’issue d’une année de sacrifice. Mais en Afrique subsaharienne, surtout, la journée du travail est tout juste une autre fête. En réalité, le calendrier de ladite région est infesté de journées fériées, chômées et payées. La date anniversaire d’accession d’un tel au pouvoir est fériée. Le lancement d’un parti politique est journée morte. Les religions établies ont, au moins, deux jours libres dans le calendrier. Chaque Etat dispose d’une fête nationale. C’est parfois deux ou plus. Par ailleurs, il faut y adjoindre les mauvaises dates de l’histoire. C’est le cas du jour du décès d’un ancien Président ou d’un opposant politique de poigne. Seules les forces de sécurité sont à pied d’œuvre en ces moments-là. Toute victoire sportive d’éclat impose un arrêt  de travail. Les citoyens sont payés à ne rien faire. L’Etat leur soustrait une bonne brochette de leur temps de travail annuel. En effet, le samedi est un jour ouvrable. Mais personne n’ouvre son bureau le samedi. Fait curieux, les voitures de l’Etat font pourtant les courses ce jour-là. Le manque à gagner est considérable dans les caisses de l’Etat.
Si le pays décourage le travail, le citoyen lui-même ne fait pas mieux. Les plus disciplinés passent 8 heures de temps au travail. C’est pour, quand ils ne sont pas en ligne, jouer avec l’ordinateur : les cartes, Zuma, Pinball et le football avec des illusions de matches Barcelone-Real de Champion’s League. Les minutes de travail précieuses sont la pause de midi autour d’une bouteille. Nul ne rate le rendez-vous. Les documents administratifs sont signés et liquidés à ce moment-là.
Comment comprendre la célébration de la journée internationale du travail quand la majorité exécute seulement le service minimum ? A ce stade, fêter, c’est une tautologie. Les citoyens ne font que cela le long de l’année. D’ailleurs, les vrais travailleurs restent chez eux. Seuls les syndicalistes et les autorités se bousculent à prendre la parole à la tribune.
L’Afrique se plaint souvent de subir les modèles de développements européens. L’Occident agirait alors comme si le monde était une vérité exacte. Il obéirait à des lois et formules précises. Une sorte de « copier et coller ». Elle voyait la propagation facile du printemps arabe en Afrique subsaharienne. Or, la vie est une vérité relative. Quantité de pays ont vécu leur crise dans le début de la décennie 90 au lendemain de la chute du mur de Berlin. A l’occasion, Mathieu Kérékou ou Denis Sassou Nguesso avait quitté le pouvoir à l’issue des conférences nationales.
Si l’Afrique devait apprendre quelque chose de l’Occident, c’est le modèle de travail. 8 heures pleines par jour dans un contexte de culture d’entreprise, de fixation sur les résultats et de respect des délais de livraison des travaux. L’Europe peut parfois déplaire à cause de sa politique de donneuse de leçons à un continent resté éternel enfant et d’un passé esclavagiste et colonialiste. 
Il est donc grand temps d’envisager et de multiplier des nouveaux modes de coopération. Les pays émergents sont une piste probable. De tous, seule la Chine fait vraiment des vagues en Afrique car elle est modèle d’abnégation au travail malgré des salaires discutables. Pourtant, la Corée du Sud, l’Inde, le Brésil ou la Turquie constituent aussi des alternatives crédibles. L’heure des appropriations a sonné. Cependant, il ne s’agit pas de dupliquer des pâles copies. Il est question de les contextualiser sans en sacrifier la qualité d’origine. Un comité d’experts commis au suivi et à l’évaluation des appropriations et des adaptations de performance mérite de voir le jour dans les pays.
La finalité est d’inciter les employés du secteur des arts et de la culture à travailler comme s’ils étaient dans une usine. De cette production des biens, des services et des richesses dépendra la considération des industries créatives dans la hiérarchie des apports macro-économiques des nations. La célébration du 1er, à mon humble avis, exige un investissement préalable de soi. A ce titre, les Britanniques sont en droit de faire la fête. Ils ont bien travaillé pour vendre au monde entier le mariage de Kate et William. Même l’Afrique a, le temps d’une cérémonie, consommé la culture de la couronne britannique. La béatification du Pape Jean-Paul II rentre dans le même registre. Certes, la querelle de l’église contre l’usage du préservatif résiste à sa mémoire. Mais la postérité conserve de lui le souvenir d’un travailleur acharné de ce siècle.


Comment les arts peuvent-ils contribuer à la liberté d'expression?


Mike van Graan

Le programme PEN World Voices Festival en cours en ce moment à New York precise que la principale mission de l’organisation « est d’encourager les gens à se prononcer contre la censure et à condamner la suppression de liberté d'expression partout". Les trois signataires de cette introduction - Laszlo Jakab Orsos, le Directeur du Festival; Salman Rushdie, le président du comité de pilotage de festival et K. Anthony Appiah, le Président du Centre américain PEN, hôte du Festival, affirme plus loin "nous croyons dur comme fer en la  littérature comme une arme combat clé de cette bataille ».

L'Afrique du Sud célèbre ses 17 ans de démocratie cette semaine, 17 ans d'abolition de conseils de censure, 17 ans de liberté d'expression garantie dans la Constitution du pays qui dit : « chacun a le droit à la liberté d'expression qui inclut :
a. La liberté de la presse et d'autres médias ;
b. la liberté de recevoir et de diffuser les informations ou les idées;
c. la liberté de la créativité artistique et celle d'enseignement ;
d. et la liberté de la recherche scientifique.
Dans la programmation du Festival PEN, un extrait de ma pièce Green Man Flashing a fait l’objet d’une représentation comme lecture  au Martin E. Segal le Theatre. Des échanges ont suivi.
La pièce se déroule six semaines avant les deuxièmes élections en l'Afrique du Sud en 1999. Gabby Anderson, une ancien activiste politique désormais employée par le gouvernement dit qu’elle aurait été violée par un ministre de haut-vol et héros de la lutte anti-apartheid impeccable. Il a joué un rôle déterminant dans la répression de la violence entre le Congrès national africain (ANC) et le parti de Liberté Inkatha dans sa région d’origine du KwaZulu Natal. Si les accusations sont connues de tous, elles pourraient ternir l’image du parti au pouvoir, mener à des bains de sang lors des violences électorales et mettre en péril les investissements internationaux. L'ANC dépêche une délégation de deux personnes pour convaincre Anderson à éviter d’intenter un procès en justice.
Plutôt que le binôme nous - eux, noir-blanc, les bons et les mauvais des oppositions binaires qui avait dominé la période l'apartheid, Green Man Flashing cherche à explorer certaines des contradictions morales, les ironies raciales et les complexités politiques d'une société en transition. Il juxtapose les droits de l'homme individuels contre le meilleur (bien que comme défini par ceux qui sont au pouvoir) et la pandémie de violence de genre contre la violence politique, défiant le public à penser à ses positions morales dans une société en butte à des ambivalences politiques et morales.
A la première représentation de la pièce en 2004, suivie d’autres en 2005 (quelque temps avant Jacob Zuma – à présent le président sud-africain est accusé de viol), j'ai placé des livres dans les foyers des théâtres pour que le public réagisse à la pièce. Les observations les plus récurrentes et, à mon avis, les plus troublantes étaient : « une pièce osée, un travail courageux ». La lecture implicite est que traiter de tels thèmes dans l’Afrique du Sud post-apartheid est osé, impertinent et même dangereux.
Pourquoi cela serait-il le cas, me suis-je demandé, quand nous vivions dix ans de démocratie; quand, dans l'ère d'apartheid, certains d'entre nous ont été arrêtés pour avoir mis en scène une pièce de théâtre de rue considérée comme un rassemblement illégal, d'autres ont vu interdire leurs œuvres et d'autres avaient été appréhendés sans procès pour avoir critiqué l’apartheid au biais de leur créativité artistique. Pourquoi devrait-on considérer les auteurs comme des "courageux" quand ils exercent la liberté d'expression créative sous un gouvernement démocratiquement élu qui avait juré de soutenir une Constitution garantissant des droits de l'homme ?
À ce moment-là, bien sûr, Thabo Mbeki était le président du pays et c'était une période où le parti dirigeant était très sensible à toutes  sortes de critiques, où ceux qui ont osé critiquer - peu importe comment légitime était la critique - avaient été écartés et pris pour des racistes (ou des ultra-gauchistes s'ils n'étaient pas blancs), comme des gens qui ne pouvaient pas simplement accepter un gouvernement noir. C'était le temps où l'auto-censure était de mise.
Souvent, la communauté internationale se concentre sur ces pays où les conditions sont si répressives que nous nous émerveillons et célébrons ces artistes et auteurs qui critiquent le statu quo qui confisque les grands coûts financiers, personnels et même physiques. Mais parfois, même dans des pays démocratiques, on a besoin des auteurs, des artistes et des musiciens pour dire la vérité, la faire fonctionner, défier des nouveaux dogmes politiques, être la voix des sans voix
Les démocraties sont, en général, des œuvres à parfaire et il y aura toujours des tentatives de suppression de la liberté d'expression soit par une censure politique manifeste, le retrait de ressources économiques, l'intimidation ou alors  d'autres moyens par des autorités politiques ou les dirigeants d’une institution, une communauté ou une cause.
Tandis que, selon l’opinion générale, les arts ont besoin des conditions favorables à la liberté d'expression, la littérature, le théâtre, la musique, le cinéma, les arts visuels… sont aussi des moyens de création et de développement de telles conditions où elles n'existent pas ou sont menacées. La meilleure façon d'assurer la liberté artistique peut simplement être de le pratiquer.
NB
1. Les points de vue exprimés dans cette chronique relèvent entièrement de son auteur et représentent nécessairement toute organisation à laquelle il appartient.
2. Le destinataire peut transférer cette chronique à un tiers et peut faire l’objet d’une reproduction dans toute publication ou site Internet à condition d’en mentionner l’auteur.
3. Pour tout commentaire ou réaction au contenu de cette chronique, bien vouloir visiter www.mikevangraan.wordpress.com


samedi 30 avril 2011

How can the arts contribute to freedom of expression?



Mike van Graan

The programme for the PEN World Voices Festival taking place in New York at this time states that a key mission of the Festival “is to encourage people to speak out against censorship and condemn the suppression of freedom of expression everywhere”. The three signatories to this introduction – Laszlo Jakab Orsos, the Director of the Festival; Salman Rushdie, the chairperson of the festival steering committee and K. Anthony Appiah, the President of the PEN American Centre that hosts the Festival - further state “we firmly believe in literature as a key weapon in fighting this battle.”

South Africa celebrates 17 years of democracy this week, 17 years of the abolition of censorship boards, 17 years of freedom of expression guaranteed in the country’s Constitution which states: “everyone has the right to freedom of expression which includes a. freedom of the press and other media b. freedom to receive and impact information or ideas c. freedom of artistic creativity and d. academic freedom and freedom of scientific research.”

As part of the PEN Festival, an excerpt of my play Green Man Flashing was staged as a reading at the Martin E. Segal Theatre and was followed by a discussion.

The play is set six weeks before South Africa’s second elections in 1999. Gabby Anderson, a one-time political activist now working in government, alleges she has been raped by her boss, a high-profile government minister with an impeccable anti-apartheid struggle record and who plays a key role in quelling violence between the African National Congress (ANC) and the Inkatha Freedom Party in his native KwaZulu Natal. If the allegations go public, it could hurt the ruling party in the elections, lead to a high number of deaths in election-related violence and compromise international investment. The ANC sends a two-person delegation to Anderson to convince her not to go through with the charges.

Rather than the stark us-them, black-white, goodies and baddies binary oppositions of much of the theatre staged in the apartheid era, Green Man Flashing seeks to explore some of the moral contradictions, the racial ironies and the political complexities of a society in transition. It juxtaposes individual human rights against the greater good (albeit as defined by those in power) and the pandemic of gender violence against political violence, challenging the audience to think about their moral positions in a society struggling with political and moral ambivalences.

When the play was first produced in 2004 with subsequent seasons in 2005 (some time before Jacob Zuma - now South Africa's president - was charged with rape), I placed books in the foyers of the theatres so that audience members could articulate their responses to the play. The most recurring – and for me, disturbing – comment was that this was a “brave play”, “a courageous work”, the implication being that dealing with such themes in post-apartheid South Africa was somehow considered to be daring, edgy and even dangerous.

Why would this be the case, I wondered, when we were ten years into our democracy; when, in the apartheid era, some of us were arrested for staging a piece of street theatre that constituted “an illegal gathering”, others had their works banned and still others had been detained without trial for challenging the apartheid state through their artistic creativity. Why should writers be considered “brave” in exercising freedom of creative expression under a democratically elected government that had sworn to uphold a Constitution guaranteeing human rights?

At that time of course, Thabo Mbeki was president of the country and it was a period when the ruling party was very sensitive to any kind of criticism, where those who dared to criticise – no matter how legitimate the criticism - were dismissed as racists (or ultra-leftists if they were not white), as people who simply could not accept a black government. It was a time when self-censorship was rife.

Often, international focus is on those countries where conditions are so repressive that we marvel at and celebrate those artists and writers who challenge the status quo at great financial, personal and even physical costs to themselves. This is as it should be. But sometimes, even within democratic countries, there is a need for writers, artists and musicians to speak truth to power, to challenge new political dogmas, to provide a voice for those on the underside of history.

Democracies are generally works-in-progress and there will always be attempts to restrict freedom of expression whether through overt political censorship, withdrawal of economic resources, intimidation or other means by political authorities or those who occupy positions of leadership in some institution, community or cause.

While the general view is that the arts require conditions for freedom of expression, literature, theatre, music, film, visual arts, etc are also means for creating and expanding such conditions where they do not exist or are under threat. The best way to ensure artistic freedom may simply be to practice it.

NOTES
1. The views expressed in this column are entirely those of the writer and are not necessarily representative of any of the organisations in which he is involved.
2. This column may be forwarded by the recipient to any other interested party, and may be reproduced by any publication or website at no charge, provided that writer is acknowledged.
3. To engage with the content of this column or to provide feedback, go to www.mikevangraan.wordpress.com


Mike van Graan is the Secretary General of Arterial Network, a continent-wide network of artists, activists and creative enterprises active in the African creative sector and its contribution to development, human rights and democracy on the continent. He is also the Executive Director of the African Arts Institute (AFAI), a South African NGO based in Cape Town that harnesses local expertise, resources and markets in the service of Africa’s creative sector. He is considered to be one of his country’s leading contemporary playwrights.

For further information, see www.arterialnetwork.org, www.africanartsinstitute.org.za and www.mikevangraan.co.za

 

samedi 23 avril 2011

The Poor Game of Television in the Ivorian Crisis


Pictures on Africa are still conveying some pity.  France 24 showed militaries patrolling in Northern Côte-d’Ivoire on 20 April 2011. Children were seen running to them and playing with Kalachinikov.  A month before Laurent Gbagbo was toppled, Ivorian Radio and television, RTI, showed the minister of Youth. Charles Blé Goudé was calling up children to enrol in the army in order to fight Ouattara forces. Nobody perceives the danger, in spite of abuse and post-traumatic psychological disorders in Liberia and Sierra Leone. When it is time to provide all children with exercise books, text books and pens for quality education in Côte-d’Ivoire, television channels acclaim conflicts in their rush for audience and register children in war schools.
The column Hitting the Target is right to stress this, for it a cultural issue. The media are a creative industry.  In this regard, the media originate from, according to a definition from the Uk, “creativity, competence and talent as well a potential of wealth and job creation”. In established democracies, the media -are the fourth tenet of power. Actually, the media constitute a counter-power. They are empowered to monitor the executive, legislative and judiciary.
But once again, Africa is the poor exception of a laudable rule. The media rather serve the interest of the powers that be. The great question mark is France 24. It shows the morbid. A Ouattara defence soldier laughs at the sorry state of an enemy who has been killed. The winner is happy that his compatriot has been killed. He raises a bottle of wine high in the sky. He will drink it in honour of the deceased people in the night. A French soldier starts speaking. He explains the strategy they adopted to defeat Gbagbo’s soldiers. Now, in Irak like during the Gulf war, only army generals would talk to journalists. It is a message of disregard that a soldier from the rank and file talks over and over about the downfall of a head of state who is from a country that sticks to state protocol like France does.
Then Gbagbo invades the screen. He is almost half naked. He is borrowed a small shirt. Soldiers surprisingly start taking pictures with the fallen hero as if the former President had turned into a curious animal of a war circus. The pictures of France 24 promote a divide. On the one hand, television insults Laurent Gbagbo who is now portraying abject poverty not far from his wife. She has unnecessarily turned dumb. On the other hand, Alassane Dramane Ouattara is shown on a bright day, well dressed, and he addresses Ivorians with extra care.
Television dehumanisation of Gbagbo reminds the world of one Milosevic or Saddam Hussein. Is a dictator an animal? Abandoning power after having lost elections is unquestionable. Causing the looser to quit is unquestionable as well. But ridiculing an adult through image manipulation is a blow to the world’s conscience. This is another typical case of double standard policy. France 24 hardly shows the French soldiers who are killed daily in the endless war in Afghanistan. Even CNN does not show the GIs who are torn apart during suicide bombings. Americans only see their deceased children who have lost their lives at wars when they are wrapped in the spangled banner, the nation’s flag, during the military farewell ritual. Who saw the victims of September 11, 2001in a quality television channel? Actually, there is not only the consideration that the deceased deserve, but also the rules and regulation governing the images that are shown on television. TV is beauty par excellence. Taking the sordid to the screen is equal to showing low and popular television contents. It impacts right away on citizens. In this regard, France 24 has the greatest audience in Mali. People watch it even late in the evening. The television set substitutes the function of wood fire in Bamako. All is focused on France 24.
Media professionals can but wonder that the world is so naïve. Decolonisation through image still has a long way to go. Bamako city dwellers and the other Malians think they are in touch with the truth when they watch France 24. Yet, only the French point of view is offered 24h/24. Not many can imagine the funding sources of the said medium. You have the French state and the ministry for foreign affairs. France 24 has become a religion that has more and more worshippers day after day. Malian Radio and Television Corporation, ORTM, is experiencing the same crisis that most of other African countries are going through. These channels are blamed by televiewers for overexposing authorities and workshops: too many talking heads on newscast. Therefore, people watch Malian television when Champions’league matches and other soccer encounters are broadcast. Now, France 24 is showing an alternative content: the street, death and ridiculous items. It is new and beautiful. When he was in power, Gbagbo has reduced Ivorian Radio and Television into a government laud-speaker. It was no longer journalism, but commercial advert information in favour of the Ivorian People’s Front, his ruling party in an atmosphere of political marketing. It was almost the television approach of “Radio Mille Collines” in Rwanda.
Lastly, a war is always needed to see the West rushing with funds. It may be an adaptation of the Us and her Marshall plan. Côte-d’Ivoire has not even applied for any funding that France is volunteering to offer an exceptional assistance of 400 million euros. The European Union is giving out 100 million euros. May be the way-out is to light sparks on the continent that will turn Africa into an inferno and quietly expect good development assistance.

Le mauvais rôle de la télévision dans la crise ivoirienne

Les images sur l’Afrique continuent d’inspirer la pitié. France 24 a montré des militaires en patrouille dans le Nord de la Côte-d’Ivoire le 20 avril 2011. Les enfants accouraient et jouaient avec les canons de Kalachinikov. Un mois avant l’assaut final contre Laurent Gbagbo, la Radio Télévision Ivoirienne, RTI, montrait le ministre de la Jeunesse. Charles Blé Goudé invitait alors les enfants à s’enrôler dans l’armée à l’effet de combattre les pro-Ouattara. Nul n’en perçoit le danger malgré les ravages et troubles psychologiques post-traumatiques des enfants soldats au Libéria ou en Sierra Léone. Au moment d’offrir les cahiers, les livres et les crayons à bille à tous les enfants de Côte-d’Ivoire pour une éducation de qualité, les télévisions font l’apologie du conflit dans leur course vers l’audimat et inscrivent la jeunesse à l’école de guerre.
La chronique Toucher la cible mérite de s’y attarder car il s’agit d’un fait culturel. La presse est une industrie créative. En effet, elle a aussi pour origine, selon une définition inspirée du Royaume Uni, « la créativité, la compétence et le talent ainsi qu’un potentiel de création de richesses et d’emplois ». Dans les démocraties établies, la presse est le 4è pouvoir. En réalité, les médias se constituent en contre-pouvoir. Ils sont investis d’un droit de regard et d’une force de contrôle sur l’exécutif, le législatif et le judiciaire.
Mais une fois encore, l’Afrique est la mauvaise exception d’une règle louable. La presse y est plutôt au service des pouvoirs. La grande curiosité est le traitement de l’information à France 24. Elle montre le morbide. Un soldat pro-Ouattara rit de la misère d’un militaire ennemi tué. Le victorieux se réjouit de la mort de son compatriote. Il porte en triomphe une bouteille de vin géante. Elle sera consommée à la santé des disparus dans la soirée. Puis Gbagbo envahit l’écran. Il est presque torse nue. Une chemisette lui est prêtée. Des soldats improvisent une séance photo comme si l’ancien Président était devenu une bête curieuse dans un cirque de guerre. Les images de France 24 promeuvent la cassure. D’un côté, la télévision déshabille Laurent Gbagbo via son portrait misérabiliste à côté d’une épouse prisonnière d’un mutisme vain. De l’autre, Alassane Dramane Ouattara est perçu dans son beau jour au biais d’un costume bien coupé et d’une prise de parole mesurée.
La déshumanisation télévisuelle de Gbagbo rappelle un certain Milosevic ou Saddam Hussein. Dictateur serait-il synonyme d’animal? Quitter le pouvoir à l’issue des élections perdues est sans appel. Provoquer le départ du perdant l’est également. Mais infantiliser l’adulte au moyen de la manipulation de l’image est une gifle dans la conscience du monde. Il s’agit encore d’une politique de deux poids deux mesures. France 24 ne montre pas les soldats français tués chaque jour dans le bourbier afgan. Même CNN ne montre pas des « GI » déchiquetés lors des explosions kamikaze. Les Américains ne revoient leurs enfants décédés au champ d’honneur que quand ils sont recouverts de la bannière étoilée, le drapeau du pays, lors du rituel d’adieu. Qui a vu les victimes des attentats du 11 septembre 2001 dans une chaîne de télévision sérieuse? En réalité, il y a, non seulement, le respect du aux morts, mais aussi, la grammaire et l’hygiène de l’image montrée. La télévision, c’est par définition le beau. Montrer le sordide à l’écran revient à faire de la télévision populaire. Son effet est immédiat. En effet, France 24 est la chaîne la plus regardée au Mali. En soirée, elle tient les citoyens en éveil. Le téléviseur remplace la fonction du feu de bois à Bamako. France 24 anime la palabre. Tous les regards se concentrent sur France 24.
Les professionnels de la presse ne peuvent que s’étonner de la naiveté du monde. La décolonisation à travers l’image a encore du chemin à faire. Les Bamakois et les autres Maliens croient tenir la vérité en regardant France 24. Pourtant, il ne sont qu’exposés au point de vue de la France 24h/24. Ils sont très peu à pouvoir imaginer les sources de financement de ce média. Il s’agit de l’Etat et ministère français des Affaires étrangères. France 24 est devenue une religion qui recrute de plus en plus de fidèles au jour le jour. L’Office de radio télévision malienne, ORTM, vit la même crise que les autres chaînes de télévision publiques en Afrique. Il leur est reproché de surexposer les autorités publiques et les séminaires : trop de bustes à la télé lors des journaux en soirée Par conséquent, la télévision malienne n’est regardée que des matches de Champions League et d’autres rencontres de football. A présent, France 24 propose un contenu alternatif : la rue, la mort et des faits ridicules. C’est nouveau et beau. Quand Gbagbo était au pouvoir, il avait réduit la Radio Télévision Ivoirienne en haut-parleur gouvernemental. Ce n’était plus du journalisme. Il s’agit des publi-reportages commerciaux en faveur du Front populaire ivoirien, FPI, au pouvoir dans une ambiance de marketing politique. C’était pratique la version télévisuelle de la « Radio Mille Collines rwandaises ».
Enfin, la guerre est toujours nécessaire pour voir l’Ouest accourir avec ses fonds. Il s’agit peut-être d’une adaptation inspirée des Etats-Unis avec leur Plan Marshall. La Côte-d’Ivoire n’a même pas encore exprimé un besoin de fonds que la France lui octroie 400 millions d’euros. L’Union Européenne donne 100 millions d’euros. La sortie de crise est peut-être d’allumer une étincelle pour faire de l’Afrique un brasier continental et attendre la bonne aide au développement.


Tout ce qui est fracture est-il une démocratie ?


 Mike van Graan

L’inauguration du Centre mémorial de Kigali a eu lieu en 2004. Il est bâti sur un site qui sert aussi de tombe collective  à quelque 250 000 personnes victimes de la boucherie du génocide rwandais. Il est intervenu une décennie plus tôt.  Quand je suis entrée à l’exposition permanente qui ne peut donner qu’un soupçon de la manière dont 800 000 personnes ont trouvé la mort en une période de 100 jours, j’étais totalement perdu en essayant de comprendre comment des voisins pouvaient se retourner les uns contre les autres de manière aussi rapide et aussi violente. J’interrogeais alors le principe si vanté de l’Ubuntu, notre interconnexion africaine : est-ce simplement un idéal mythique que nous faisons germer dans un orgueil et une nostalgie sans substance ; mais, dans le fond, sommes-nous aussi égoïstes, atomisés et déconnectés que ceux des sociétés occidentales ?
Le monde a ignoré le Rwanda d’avril à juin 1994 quand se déroulait le génocide. Il consacrait davantage son attention vers l’extrême Sud du continent où la nation miraculée tenait ses toutes premières élections démocratiques non raciales en avril également. En juin 1994 a lieu l’investiture de Nelson Mandela comme Président et l’écho de son discours euphorique résonne encore dans l’ensemble du globe :
Il est arrivé, le temps de panser les blessures. Il est arrivé, le temps d’ignorer nos différences. Il nous appartient, le temps de construire…. Ensemble, nous devons donc comme un peuple uni à la cause de la réconciliation,  de la construction nationale à l’effet de donner naissance à un nouveau monde
Pendant que des groupes ethniques s’entretuaient littéralement au Rwanda, au même moment, le projet de réconciliation qui unifiait les peuples au-delà des différences raciales et des divisions ethniques commençait à peine dans l’Afrique du Sud post-Apartheid.
L’Afrique du Sud est sur le point de célébrer sa 17è journée de la Liberté. Elle marque les 1ères élections du 27 avril 1994. Le pays a tenu 3 autres élections au niveau national entre temps et est sur le point d’organiser les 4è élections locales en mai. Une constitution a été adoptée. Elle garantit la liberté d’association, la liberté d’expression et la liberté de la presse. Pourtant, en ce moment même, il y a un procès en cours. Il déterminera si oui ou non le “chant de libération » Tire sur le Boer constitue un discours de haine contre les Afrikaners. Le leader de la ligue de la jeunesse de l’ANC, âgé de 8 ans à la sortie de prison de Nelson Mandela, lui-même vétéran effronté de la lutte contre l’Apartheid,  l’a mis en relief ! Cette semaine aussi, 6 policiers ont été accusés du meurtre d’un homme sans arme qui protestait contre le manque des prestations de services. Sa bastonnade, les coups de feu et sa mort, par la suite, sont diffusés à travers les médias du monde au moment où des images similaires sont servies dans des dictatures comme le Yémen et la Syrie. Pendant que des manifestations contre l’absence des prestations de services se déroulent dans l’ensemble du pays, un ministre sud-africain est dénoncé.   Il lui est reproché d’avoir dépensé des sommes d’argent considérables du trésor public pour rendre visite à sa petite amie sous l’effet permanent de la drogue dans une prison en Suisse et pour financer des séjours les meilleurs hôtels du Cap et, à présent, il se construit une magnifique résidence dans une ville appauvrie à l’Est du Cap.
Ces trois préoccupations démontrent comment le projet de réconciliation a à peine évolué en Afrique du Sud, le volume de travail que le pays a encore à faire pour traduire dans la réalité  les droits constitutionnels et comment l’avarice et la corruption grimpent Mais au moins, nous allons bientôt voter… !
Dans un article publié en décembre 2010, A ndrew Mwenda du journal l’Indépendant en Uganda dit: “L’ANC en Afrique du Sud a hérité d’un Etat bureaucratique fort avec une économie industrielle et moderne bien développée, des infrastructures de choix, la meilleure dotation en ressources humaines du continent et une grande manifestation de la solidarité internationale. Le Front patriotique rwandais, FPR, a hérité d’une économie en retard qui a échoué et d’un pays sans Etat opérationnel. Les institutions d’avant ont été démembrées, car plus de 90% de ses ressources humaines ont été tuées, emprisonnées ou exilées. Il y avait une faible manifestation de la solidarité internationale ».
Depuis le génocide, le Rwanda a tenu deux élections présidentielles. Paul Ngwane du FPR avait remporté les premières pour un mandat de 7 ans avec un taux de 95% en 2003. Quant à son second (et dernier mandat constitutionnel) échu en 2010, il l’avait remporté avec un taux de 95%. Ngwane et le PPR ont essuyé de hautes critiques tant en interne comme à l’international par les organisations des droits de l’Homme à cause de leurs abus contre l’opposition, la presse et l’absence de tradition démocratique.

Selon Mwenda, tout de même, la vie des citoyens rwandais ordinaires s’est améliorée, fort d’un taux de fréquentation à l’école primaire de 97%, de 75% d’accès à l’eau potable et d’une mortalité infantile en déclin, toute chose qui marque un attachement à l’atteinte des objectifs de développement du millénaire. Le taux de prévalence du VIH-SIDA est passé de 11% en 2003 à moins de 3% en 2011. L’espérance de vie est passée de 25 ans en 2000 à 52 ans une décennie plus tard. Au contraire, l’espérance de vie sud-africaine a chuté de 62 ans avant l’accession de l’ANC au pouvoir à environ 50 ans l’an passé. Une étude menée par l’Université de Harvard conclut que 330 000 personnes (soit près de la moitié des tués lors du génocide rwandais) ont trouvé une mort évitable durant le règne de Thabo Mbeki. Selon les estimations de cette étude, il y avait une moyenne de 900 cas de décès par jour liés au SIDA en 2005. C’était un an après la ré-élection de l’ANC à la magistrature suprême avec un score de plus de 60% !
En réalité, aucun rapport nécessaire ne lie la démocratie et aux prestations de service aux pauvres ou alors à l’amélioration de la vie de la majorité. Comme le souligne aussi l’article de Mwenda, l’Inde, la plus grande démocratie du monde, dispose d’indicateurs de liberté comparables à ceux de la Norvège et, pourtant, en matière des prestations de services tel que l’accès à l’éducation, à la santé, l’eau potable… l’Inde se rapproche des Etats décadents comme le Pakistan et le Bangladesh.  La Chine, de l’autre côté, n’est pas la plus grande démocratie du monde. Elle est, selon la Banque Mondiale, le pays qui a réalisé des gains substantiels en matière de réduction de la pauvreté. Elle a hissé 600 millions de personnes au-dessus du seuil de pauvreté qui est de moins d’un 1,25 dollar par jour sur une période d’un mois.
Pendant que les meilleurs modèles de démocratie peuvent s’avérer être des mécanismes effectifs des prestations de services et d’amélioration des conditions de vie de la majorité, disposer des formes de démocratie (du type élections libres et transparentes, des libertés et droits de l’Homme protégés par la constitution…) peut aussi être un moyen d’aliénation et de suppression de la résistance. Où la démocratie est au service de l’élite comme en Afrique du Sud, les masses populaires constituent de “la provende électorale”qui assure le maintien du véhicule politique qui crée les conditions de prospérité aux élites. Les batailles de positionnement constantes (de manière littérale)  au sein du parti au pouvoir en Afrique du Sud relèvent moins du désir de servir le peuple que se saisir les opportunités économiques et le style de vie qui sont offertes aux hommes politiques. Les premiers sièges leur sont attribués aux dépens de l’argent du contribuable.
La conquête de la démocratie et de la culture démocratique (comme c’est le cas en ce moment en Afrique du Nord et au Moyen Orient) sont admirables et méritent des encouragements. Mais le Grand Sud enseigne que la démocratie n’est pas garante des transformations sociales progressives et substantielles. Elle doit se faire accompagner par une culture qui accorde de la valeur au bonheur de la majorité et non à l’avarice individuelle qui ne glorifie pas un matérialisme béat comme signe de succès et place les hommes au lieu du bénéfice, de l’idéologie ou des petits intérêts politiques au centre du programme de transformation sociale. Les nouvelles sociétés exigent des nouvelles cultures.





jeudi 21 avril 2011

Is democracy all it’s cracked up to be?


Mike van Graan

The Kigali Memorial Centre was opened in 2004, built on a site that also houses the graves of some 250 000 people slaughtered in the Rwandan genocide that took place a decade earlier. As I took in the permanent exhibition that can only hint at the story of how 800 000 people were killed in a hundred day period, I was at a complete loss in trying to understand how neighbours could turn on each other so quickly, so violently. I wondered about the much vaunted African principle of Ubuntu, our human interconnectedness: is this simply a mythical ideal that we sprout with hollow pride and nostalgia but in essence, we’re as selfish, atomised and disconnected as those in western societies?

The world ignored Rwanda from April to June 1994 when the genocide took place, focusing much more on the miracle nation down south which was hosting its first non-racial democratic elections in April too. By June 1994, Nelson Mandela had been inaugurated as President and his euphoric speech was still ringing around the globe:

The time for healing of the wounds has come. The moment to bridge the chasms that divide us has come. The time to build is upon us….We must therefore act together as a united people for national reconciliation, for nation-building, for the birth of a new world.

While ethnic groups were literally hacking each other to death in Rwanda, at the very same time, the reconciliation project unifying people across racial and ethnic divides had just begun in post-apartheid South Africa.

South Africa is about to celebrate its 17th Freedom Day marking the first elections on 27 April 1994, having been through a further three national elections in that time, and about to undergo its fourth local government elections in May. A Constitution has been adopted that guarantees freedom of association, freedom of expression and freedom of the media. Yet, at this very moment, there is a court case about whether the “struggle song”, Shoot the Boer, constitutes hate speech against Afrikaners. It has been given prominence by the leader of the ANC Youth League who was 8-years-old at the time of Nelson Mandela’s release from prison and so hardly a veteran of the struggle against apartheid! In this week too, six policemen have been charged with the murder of an unarmed man protesting against the lack of service delivery, his beating, shooting and subsequent death being broadcast around the world at a time when similar images are emanating from the non-democracies of Yemen and Syria. And while protests against the lack of service delivery take place around the country, a South African cabinet minister is exposed to have spent large amounts of public funds on a trip to his drug mule girlfriend in a Swiss prison and on stays in top Cape Town hotels, and is now also building a mansion for himself in an impoverished town in the Eastern Cape.

These three issues demonstrate just how little the national reconciliation project has progressed in South Africa, how far the country still has to go in transferring constitutional rights into reality and how high up greed and corruption go. But at least we’re having an election soon…!

In a December 2010 article by Andrew Mwenda of The Independent in Uganda, he states “The ANC in South Africa inherited a strong bureaucratic state with a well-developed and modern industrial economy, properly developed infrastructure, the best human resource pool on the continent and great international goodwill. The Rwandan Patriotic Front (RPF) inherited a backward economy that had collapsed, and a nation without a functional state. The pre-existing institutions of state had been dismembered, as over 90% of its human resources were dead, in jail or in exile. There was little international goodwill.”

Rwanda has hosted two Presidential elections since the genocide, with Paul Ngwane of the RPF winning his first seven-year term with 95% of the vote in 2003 and his second (and constitutionally final) term in 2010 with 98% of the vote. Ngwane and the RPF have been heavily criticised by local and international human rights organisations for their clampdown on the opposition, on the media and their absence of traditional democratic credentials.

According to Mwenda though, the lives of ordinary people in Rwanda have improved with 97% primary school enrolment, 75% having access to clean water and maternal mortality declining, all pointing to the effective pursuit of the Millennium Development Goals. The incidence of HIV in Rwanda has declined from 11% in 2000 to under 3% in 2010, with average life expectancy growing from 25 in 2000 to 52, ten years later. By contrast, South Africa’s average life expectancy declined from 62 before the ANC took power to around 50 last year, with a Harvard University study concluding that at least 330 000 people (nearly half of the number killed during the Rwandan genocide) died avoidable deaths during Thabo Mbeki’s reign. The study estimated that there was an average of 900 AIDS-related deaths per day in 2005, one year after the ANC was re-elected into power with more than 69% of the vote!

The point is that there is no relationship necessarily between democracy and the delivery of services to the poor, or the improvement in the lives of the majority. As Mwenda’s article also points out, India – the world’s largest democracy – has freedom indicators comparable to those of Norway and yet, in terms of public services such as access to education, health, clean water, health, etc, India is similar to failing states such as Bangladesh and Pakistan. China on the other hand, not exactly the world’s leading democracy, is the one country which according to the World Bank has made substantial gains in reducing poverty, lifting 600 million people beyond the threshold of those living on less than $1,25 per day over a 30 year period.

While best practice democracies can indeed be effective mechanisms for delivery of services and for the improvement of the lives of the majority, having the forms of democracy – free and fair elections, constitutionally protected freedoms and human rights, etc – can also be means of co-option and of quelling resistance. Where democracy essentially serves elites – as in South Africa – the masses are “voting fodder” to ensure the maintenance of the political vehicle that creates the conditions for the elite to prosper. The constant battles (literally) to be nominated for electoral positions within the ruling party in South Africa points less to a desire to serve the South African people than to the economic and lifestyle opportunities afforded to politicians given front row seats at the trough of public funds.

The pursuit of a democracy and of a democratic culture – as in North African and Middle Eastern states at the moment – is admirable and is to be encouraged, but the lessons from further south are that democracy is not a guarantee of substantial and progressive social transformation. It has to be accompanied by the nurturing of a culture that values the greater good rather than individual greed, that does not glorify crass materialism as signs of success, and that places people rather than profit or ideology or narrow political interests at the centre of the transformation programme.

New societies require new cultures.


NOTES
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Mike van Graan is the Secretary General of Arterial Network, a continent-wide network of artists, activists and creative enterprises active in the African creative sector and its contribution to development, human rights and democracy on the continent. He is also the Executive Director of the African Arts Institute (AFAI), a South African NGO based in Cape Town that harnesses local expertise, resources and markets in the service of Africa’s creative sector. He is considered to be one of his country’s leading contemporary playwrights.

For further information, see www.arterialnetwork.org, www.africanartsinstitute.org.za and www.mikevangraan.co.za