Les images sur l’Afrique continuent d’inspirer la pitié. France 24 a montré des militaires en patrouille dans le Nord de la Côte-d’Ivoire le 20 avril 2011. Les enfants accouraient et jouaient avec les canons de Kalachinikov. Un mois avant l’assaut final contre Laurent Gbagbo, la Radio Télévision Ivoirienne, RTI, montrait le ministre de la Jeunesse. Charles Blé Goudé invitait alors les enfants à s’enrôler dans l’armée à l’effet de combattre les pro-Ouattara. Nul n’en perçoit le danger malgré les ravages et troubles psychologiques post-traumatiques des enfants soldats au Libéria ou en Sierra Léone. Au moment d’offrir les cahiers, les livres et les crayons à bille à tous les enfants de Côte-d’Ivoire pour une éducation de qualité, les télévisions font l’apologie du conflit dans leur course vers l’audimat et inscrivent la jeunesse à l’école de guerre.
La chronique Toucher la cible mérite de s’y attarder car il s’agit d’un fait culturel. La presse est une industrie créative. En effet, elle a aussi pour origine, selon une définition inspirée du Royaume Uni, « la créativité, la compétence et le talent ainsi qu’un potentiel de création de richesses et d’emplois ». Dans les démocraties établies, la presse est le 4è pouvoir. En réalité, les médias se constituent en contre-pouvoir. Ils sont investis d’un droit de regard et d’une force de contrôle sur l’exécutif, le législatif et le judiciaire.
Mais une fois encore, l’Afrique est la mauvaise exception d’une règle louable. La presse y est plutôt au service des pouvoirs. La grande curiosité est le traitement de l’information à France 24. Elle montre le morbide. Un soldat pro-Ouattara rit de la misère d’un militaire ennemi tué. Le victorieux se réjouit de la mort de son compatriote. Il porte en triomphe une bouteille de vin géante. Elle sera consommée à la santé des disparus dans la soirée. Puis Gbagbo envahit l’écran. Il est presque torse nue. Une chemisette lui est prêtée. Des soldats improvisent une séance photo comme si l’ancien Président était devenu une bête curieuse dans un cirque de guerre. Les images de France 24 promeuvent la cassure. D’un côté, la télévision déshabille Laurent Gbagbo via son portrait misérabiliste à côté d’une épouse prisonnière d’un mutisme vain. De l’autre, Alassane Dramane Ouattara est perçu dans son beau jour au biais d’un costume bien coupé et d’une prise de parole mesurée.
La déshumanisation télévisuelle de Gbagbo rappelle un certain Milosevic ou Saddam Hussein. Dictateur serait-il synonyme d’animal? Quitter le pouvoir à l’issue des élections perdues est sans appel. Provoquer le départ du perdant l’est également. Mais infantiliser l’adulte au moyen de la manipulation de l’image est une gifle dans la conscience du monde. Il s’agit encore d’une politique de deux poids deux mesures. France 24 ne montre pas les soldats français tués chaque jour dans le bourbier afgan. Même CNN ne montre pas des « GI » déchiquetés lors des explosions kamikaze. Les Américains ne revoient leurs enfants décédés au champ d’honneur que quand ils sont recouverts de la bannière étoilée, le drapeau du pays, lors du rituel d’adieu. Qui a vu les victimes des attentats du 11 septembre 2001 dans une chaîne de télévision sérieuse? En réalité, il y a, non seulement, le respect du aux morts, mais aussi, la grammaire et l’hygiène de l’image montrée. La télévision, c’est par définition le beau. Montrer le sordide à l’écran revient à faire de la télévision populaire. Son effet est immédiat. En effet, France 24 est la chaîne la plus regardée au Mali. En soirée, elle tient les citoyens en éveil. Le téléviseur remplace la fonction du feu de bois à Bamako. France 24 anime la palabre. Tous les regards se concentrent sur France 24.
Les professionnels de la presse ne peuvent que s’étonner de la naiveté du monde. La décolonisation à travers l’image a encore du chemin à faire. Les Bamakois et les autres Maliens croient tenir la vérité en regardant France 24. Pourtant, il ne sont qu’exposés au point de vue de la France 24h/24. Ils sont très peu à pouvoir imaginer les sources de financement de ce média. Il s’agit de l’Etat et ministère français des Affaires étrangères. France 24 est devenue une religion qui recrute de plus en plus de fidèles au jour le jour. L’Office de radio télévision malienne, ORTM, vit la même crise que les autres chaînes de télévision publiques en Afrique. Il leur est reproché de surexposer les autorités publiques et les séminaires : trop de bustes à la télé lors des journaux en soirée Par conséquent, la télévision malienne n’est regardée que des matches de Champions League et d’autres rencontres de football. A présent, France 24 propose un contenu alternatif : la rue, la mort et des faits ridicules. C’est nouveau et beau. Quand Gbagbo était au pouvoir, il avait réduit la Radio Télévision Ivoirienne en haut-parleur gouvernemental. Ce n’était plus du journalisme. Il s’agit des publi-reportages commerciaux en faveur du Front populaire ivoirien, FPI, au pouvoir dans une ambiance de marketing politique. C’était pratique la version télévisuelle de la « Radio Mille Collines rwandaises ».
Enfin, la guerre est toujours nécessaire pour voir l’Ouest accourir avec ses fonds. Il s’agit peut-être d’une adaptation inspirée des Etats-Unis avec leur Plan Marshall. La Côte-d’Ivoire n’a même pas encore exprimé un besoin de fonds que la France lui octroie 400 millions d’euros. L’Union Européenne donne 100 millions d’euros. La sortie de crise est peut-être d’allumer une étincelle pour faire de l’Afrique un brasier continental et attendre la bonne aide au développement.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire