dimanche 10 avril 2011

Un modèle de conquête du centre de prise de décisions



Le Sénégal avait déjà offert à l’Afrique un poète Président. Nul n’interroge l’apport de Léopold Sédar Senghor dans l’émancipation culturelle au Sénégal. Haïti a aussi son chanteur Président depuis le 4 avril 2011. Il s’agit de Michel Martelly. Le chanteur de pop est venu à bout de Mirlande Manigat. C’est l’ex-première dame du pays. Pourtant, les intentions de vote étaient défavorables au nouveau Président. Nul ne lui reconnaissait la moindre maturité politique. Par ailleurs, l’annonce de sa candidature date seulement de juillet 2010. Haïti est un bout d’Afrique logé dans le Pacifique. Il partage d’ailleurs ses peines avec le continent : misère, famine et cataclysmes. En effet, Haïti, première république noire, est l’Etat américain le plus pauvre.
Toucher la cible loue le courage de Michel Martelly. Les victoires politiques face à des hommes et femmes au pouvoir ou proches de celui-ci sont des évènements rares dans les « républiquettes » noires. En plus, le nouveau Président a échappé au sort de son homologue chanteur Wyclef Jean. Il aura reçu une balle à la veille des élections. Par ailleurs, Michel Martelly rajeunit la fonction présidentielle dans les Etats noirs. Jusqu’ici, la majorité des Présidents africains de 50 ans ou moins sont la conséquence des révolutions comme Sankara ou celle de la maladie bien africaine de « monarchisation» des républiques avec la transmission du pouvoir de père en fils à l’image du Congo, du Gabon, du Togo et, peut-être un jour, du Sénégal.
Dans une lecture socio-culturelle, l’action d’éclat de Michel Martelly rentre dans le cadrage théorique de la conquête du centre de prises de décisions. Une chronique antérieure incitait les hommes et femmes de culture à quitter la périphérie sociale. En effet, ils ou ils disposent d’atouts et d’outils de marketing politique toujours percutants. Michel le doux, comme l’appellent ses fans, s’en est servi pour se faire sa place à la magistrature suprême. Cependant, le discours au sujet de la conquête du centre de prise de décisions ne cible pas en particulier le pouvoir exécutif. Tout artiste ne saurait ambitionner de présider ou de prétendre à la fonction ministérielle. Cependant, il peut servir à la culture même au niveau local. La décentralisation est très jeune dans beaucoup de pays africains. Malheureusement, les maires n’en saisissent pas vraiment les tenants et les aboutissants. L’implication des populations ne se précise pas. Plus grave, nul n’y comprend la problématique des arts et de la culture. Par conséquent, les conseils municipaux ont besoin d’informations à propos. La meilleure manière de les donner est de se faire élire conseiller municipal. D’autres artistes ont l’étoffe de devenir députés. La fonction parlementaire est d’ailleurs le moyen idéal de se faire entendre. Elle est le lieu où se votent toutes les lois. Si les hommes et femmes de culture avaient envahi les chambres parlementaires, l’élaboration et la mise en œuvre des politiques culturelles en Afrique ne seraient pas à la traine.
Michel Martelly a réussi à se faire élire Président de Haïti. Cependant, son discours de campagne évoque davantage l’emploi des jeunes et la réforme agraire pour relancer la production haïtienne. Le seul volet culturel souligné est le tourisme. Pourvu que la montagne n’accouche pas d’une souris.

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