dimanche 3 avril 2011

Le piège de la gratuité


Il est l’inertie, le manque d’initiative et l’inaptitude du sens de l’engagement individuel et collectif. Ces maux gangrènent les artistes. Les agences de la coopération culturelle sont face à ce dilemme. L’entrée est presque toujours gratuite dans leurs spectacles. Elles agissent dans la bonne foi d’encourager les arts et la culture dans les économies sinistrées. Cette ouverture a plutôt un contre-effet. Elle donne l’impression que la consommation des arts et de la culture est gratuite. Le seul effort à faire comme spectateur est de se présenter devant le portail. Or, ces agences paient des cachets aux artistes. Le public ne le sait pas forcément. Cet argent représente en réalité le ticket censé être payé par le spectateur.

Syndrome de la gratuité
Nombre de vedettes sont victimes du syndrome de la gratuité. A la longue, il les fait entretenir un sentiment de dépendance. Le monde doit tout donner aux artistes. Ils ont reçu du Ciel le don de procurer le plaisir. Ce talent devient un passeport pour l’obtention de la gratuité universelle. Les artistes refusent même de payer les tickets de spectacle. Or, ils ne sont pas organisés en syndicat ou en une autre forme d’association professionnelle. Par conséquent, ils ne cotisent nulle part. Si cela avait été le cas, des forfaits seraient prélevés de leurs frais d’adhésion pour financer les entrées libres et gratuites des artistes dans les salles de spectacle. Plus grave, les artistes ne comprennent pas pourquoi payer une entrée quand, par exemple, tout footballeur rentre dans un stade les mains dans les poches. Certes, les deux activités procurent du beau spectacle. Mais, d’une part, le football est organisé et brasse des sommes d’argent énormes. Par ailleurs, les hommes politiques craignent l’éventualité des emportements des supporters. En France, chaque rencontre de la formation fanion algérienne même en terre africaine impose une forte mobilisation des forces de l’ordre dans les principales villes en cas de victoire comme en cas de défaite. D’autre part, les arts et la culture sont strictement économie informels même si des exceptions à la règle existent. Ce n’est pas le lieu de faire injure au secteur informel. Il représente plus de 60% des mouvements de fonds en Afrique centrale, par exemple. Par ailleurs, la montée en puissance des entreprises de la micro-finance en Afrique est, en partie, le succès de l’économie informelle.

Un informel excessif
Mais il y a une différence. Les arts et la culture sont encore trop informels. Il faut être au Maroc pour avancer des chiffres sur la fréquentation des salles de cinéma et de théâtre. Il faut être un festival de la dimension de HIFA au Zimbabwe pour être sûr d’un retour sur investissement. Toute action d’éclat semble être une exception. Les couacs sont encore la norme. Par exemple, seul le FESPACO peut annuler un jury international de la critique cinématographique, une première, sans tenir les membres informés et sans leur présenter des excuses pour les désagréments provoqués tout en leur permettant d’aller se faire éconduire dans les aéroports de Heathrow en Angleterre et Munich en Allemagne munis des réservations de vol, sans en être prévenus, en lieu et place des tickets dûment payés. L’Afrique a besoin d’abandonner le mauvais spectacle. 

Inertie des artistes et dépendance vis-à-vis des Etats
Aucune entreprise endogène ne fait bouger les choses. L’exception ici est ivoirienne. Le pays, meurtri par la guerre, a vu la mise en convergence des musiciens pour chanter la paix et demander aux protagonistes de la crise de travailler main dans la main. Leur voix a eu un écho favorable et les élections ont eu lieu. Dans d’autres pays en butte à des querelles de corruption, d’abus des droits de l’Homme et de non respect des principes démocratiques, les musiciens s’acharnent plutôt à proposer des chansons d’amour. Les initiatives individuelles sont tuées dans l’œuf dans la majorité des cas. La crise en Côte-d’Ivoire s’empire. Les gens reprennent les armes à l’issue d’une décennie d’économie moribonde. Mis à part cet exemple, la révolution vient de l’effort permanent de l’autre. La première cible à ce sujet est l’Etat. L’essentiel des instruments juridiques internationaux assignent, en effet, aux Etats la mission du développement et de la promotion des arts et de la culture. En d’autres termes, la conception et la mise en œuvre des politiques et économies culturelles relèvent davantage du champ de la souveraineté. Cet état des choses attribue macro-actions à la force publique. Par conséquent, le monde des affaires et la société civile devraient se contenter des micro-activités. A première vue, il s’agirait de la portion congrue en matière d’essor des arts et de la culture en Afrique. Cependant, l’initiative privée et la société civile, dans une analyse plus profonde, ont fort à faire.
Il y a un premier travail de sensibilisation, voire de conscientisation des appareils étatiques africains. Leurs agendas souffrent de myopie dans la plupart des cas. De ce fait, ils accordent aux arts et la culture une place décorative. Les danses traditionnelles entretiennent les militants des parties au pouvoir avant et après la prise de parole des hommes politiques. Chaque meeting s’achève par une distribution des enveloppes ridicules portées en triomphe face aux caméras des télévisions gouvernementales. Les groupes d’environ 20 personnes reçoivent moins de 10 euros ; soit un demi-euro par tête. Or, chacun de ces individus est chef de famille. L’argent encaissé permet à peine de s’offrir un bon bol de riz le soir venu à l’issue d’une exposition de parfois 4 heures sous la canicule des tropiques.  

Métaphore du danseur traditionnel



It is high time political manipulation ended. This is primarily the duty of artists themselves. The private sector and civil society can follow in nations that fail to distinguish arts and culture.

Le danseur traditionnel traduit l’image de la plupart des artistes. Ils travaillent comme à la solde des hommes politiques parce qu’ils sont à la lutte pour mériter leur maigre pain quotidien. Pourtant, ils sont plus influents auprès de l’opinion. Au contraire, les danses traditionnelles divertissent les militants des partis au pouvoir avant et après la prise de parole publique des hommes politiques. A la fin de chaque meeting, des enveloppes ridicules sont portées en triomphe face aux caméras des télévisions gouvernementales. Des groupes d’environ 20 personnes reçoivent moins de 10 Euros ; soit un demi-Euro par tête. Or, chacun est chef de famille. L’argent reçu peut à  peine garantir un bon bol de riz le soir venu à l’issue d’une exposition de parfois 4 heures sous la canicule des tropiques.
En réalité, le danseur traditionnel est ignorant. Il tient le politique captif sans le savoir. Son organisation en force de proposition est possible. Il revient alors à la société civile de rappeler au danseur traditionnel sa place centrale dans le marketing  politique. Les dernières élections présidentielles au Gabon et en Côte-d’Ivoire ont laissé voir Ali Bongo dans la posture de danseur et de rappeur et Laurent Gbagbo comme un Président rôdé au « coupez-décalez ». Tout bon meeting, en Afrique subsaharienne chrétienne notamment, est presqu’un concert géant. Malheureusement, les danseurs traditionnels impliqués et le reste de l’offre culturelle sont bloqués à la périphérie de la prise de décision. Les hommes politiques confisquent le centre : lieu de la concentration des pouvoirs. La bataille et la conquête du centre décisif sont envisageables. Elles méritent d’être précédées d’une masse critique et d’une vision. Tout Africain est un petit artiste. Il sait toujours faire quelque chose de ses mains : un artisan. Mais il pèche par l’auto-prise en charge. Les besoins essentiels comme se nourrir ou se vêtir sont satisfaits grâce à des poches étrangères. C’est le moment de mettre un terme à la manipulation politique. Il s’agit de la mission première des artistes eux-mêmes. Le secteur privé et la société civile peuvent suivre dans les nations incapables de porter les arts et la culture au firmament.

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