Mike van Graan
Cette semaine, Juliano Mer-Khamis, le directeur fondateur du Théâtre de la liberté à Jenin en Palestine, a été assassiné. Des hommes masqués l’ont tué à l’arme. Dans un hommage, il est décrit comme “quelqu’un de totalement convaincu de ce que l’art est au service de l’expression de la liberté ».
Cette semaine, Juliano Mer-Khamis, le directeur fondateur du Théâtre de la liberté à Jenin en Palestine, a été assassiné. Des hommes masqués l’ont tué à l’arme. Dans un hommage, il est décrit comme “quelqu’un de totalement convaincu de ce que l’art est au service de l’expression de la liberté ».
Cette semaine aussi, le très célèbre artiste Ai Weiwei, respecté pour son franc-parler, a été interpelé par son gouvernement et, d’après les rapports, tout comme les douzaines de bloggeurs et dissidents arrêtés ces derniers mois, son nom était sur le point d’être rayé d’Internet en Chine.
Entretemps, au Cameroun, le musicien Lapiro de Mbanga, va recouvrer sa liberté cette semaine après avoir purgé une peine de prise de 3 ans à cause de la chanson « constitution constipée ». Elle critiquait le status quo politique.
Ces artistes sont-ils des exceptions? Ou alors les artistes dont nous faisons la connaissance au moyen des campagnes internationales donnent-ils du relief à leur bravoure pour finir par se faire persécuter ?
Les artistes sont souvent perçus comme étant des “autres”, comme n’étant pas normaux et sont différente mis en touche, marginalisés à cause de leur anti-conformisme. Et pourtant, parfois inspirateurs, d’autrefois partisans de l’effronterie, les artistes, en général, se montrent très conservateurs. Sauf en cas de contre-campagne d’un discours dominant qui a atteint le seuil qui les contraint à chercher à se protéger, nous les artistes avons tendance à servir le statu quo. Bien sûr, nous pouvons critiquer, nous même vomir la bile autour d’un repas d’un restaurant ou dans la sale de bain, tables de restaurants, mais quand il faut vraiment dire la vérité au pouvoir en place et le signifier dans nos œuvres créatives, nous nous comportons en général comme des lâches !
D’aucuns peuvent réagir en disant en soutenant que les artistes ne sont pas différents des autres êtres humains. Ils ont besoin de payer un loyer, de mettre quelque chose sur la table, d’envoyer les enfants à l’école et de mettre du carburant toujours plus cher dans la voiture. Pourquoi les artistes seraient-ils alors contraints à agir de manière à embarrasser les décideurs et les hauts commis qui les aident à respecter leur style de vie?
Les artistes sont souvent perçus comme étant des “autres”, comme n’étant pas normaux et sont différente mis en touche, marginalisés à cause de leur anti-conformisme. Et pourtant, parfois inspirateurs, d’autrefois partisans de l’effronterie, les artistes, en général, se montrent très conservateurs. Sauf en cas de contre-campagne d’un discours dominant qui a atteint le seuil qui les contraint à chercher à se protéger, nous les artistes avons tendance à servir le statu quo. Bien sûr, nous pouvons critiquer, nous même vomir la bile autour d’un repas d’un restaurant ou dans la sale de bain, tables de restaurants, mais quand il faut vraiment dire la vérité au pouvoir en place et le signifier dans nos œuvres créatives, nous nous comportons en général comme des lâches !
D’aucuns peuvent réagir en disant en soutenant que les artistes ne sont pas différents des autres êtres humains. Ils ont besoin de payer un loyer, de mettre quelque chose sur la table, d’envoyer les enfants à l’école et de mettre du carburant toujours plus cher dans la voiture. Pourquoi les artistes seraient-ils alors contraints à agir de manière à embarrasser les décideurs et les hauts commis qui les aident à respecter leur style de vie?
Personne ne cherche à être un martyr des arts, de la liberté d’expression, d’aller en prison ou de vivre une vie misérable en défiant les responsables des injustices et inégalités. Mais alors, qui dira la vérité au pouvoir ?
Quel est le rôle de l’artiste dans la société ? Y a-t-il quelque chose de mieux que divertir et procurer du plaisir aux élites? Est-ce rechercher les acclamations du public, de la critique, des acheteurs et membres de jury pour décerner des prix ? Est-ce pour produire des œuvres d’une excellente qualité techniques et le faire de manière professionnelle ?
La production et distribution ne partent pas de nulle part, encore dans un espace sans contexte. Le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, la littérature et le cinéma sont créés et distribués dans des contextes nationaux et planétaires marqués par des grandes déséquilibres entre riches et pauvres, par la discrimination facile entre sur la base de la nationalité, du genre, de l’orientation sexuelle, de l’éducation, de l’âge et un millier d’autres facteurs, par la destruction massive en cours de l’environnement, par la violence institutionnelle, militaire ou criminelle qui abuse de la vie et de la dignité humaine. Les artistes vivent dans ce monde et il les influence. Que nous le reconnaissions ou pas, nos œuvres créatives, les choix que nous faisons au sujet de ce que nous allons dire et de la manière de le faire, nos décisions sur les lieux de diffusion (et par ricochet sur qui va les consommer), toutes ces réalités contribuent à maintenir, à renforcer et remettre en cause, d’une manière ou d’une autre, la monotonie économique, politique et sociale.
Quel est le rôle de l’artiste dans la société ? Y a-t-il quelque chose de mieux que divertir et procurer du plaisir aux élites? Est-ce rechercher les acclamations du public, de la critique, des acheteurs et membres de jury pour décerner des prix ? Est-ce pour produire des œuvres d’une excellente qualité techniques et le faire de manière professionnelle ?
La production et distribution ne partent pas de nulle part, encore dans un espace sans contexte. Le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, la littérature et le cinéma sont créés et distribués dans des contextes nationaux et planétaires marqués par des grandes déséquilibres entre riches et pauvres, par la discrimination facile entre sur la base de la nationalité, du genre, de l’orientation sexuelle, de l’éducation, de l’âge et un millier d’autres facteurs, par la destruction massive en cours de l’environnement, par la violence institutionnelle, militaire ou criminelle qui abuse de la vie et de la dignité humaine. Les artistes vivent dans ce monde et il les influence. Que nous le reconnaissions ou pas, nos œuvres créatives, les choix que nous faisons au sujet de ce que nous allons dire et de la manière de le faire, nos décisions sur les lieux de diffusion (et par ricochet sur qui va les consommer), toutes ces réalités contribuent à maintenir, à renforcer et remettre en cause, d’une manière ou d’une autre, la monotonie économique, politique et sociale.
Elles sont ancrées dans nos œuvres créatives et dans les institutions à travers lesquelles nous distribuons notre travail, nos valeurs, nos idées, notre vision du monde, notre idéologie et morale qui contribuent (en silence ou explicitement) à perpétuer ou à remettre en cause de manière multiforme les discours et comportements hégémoniques.
En tant qu’artistes, on nous apprend que l’art est le reflet de notre société, que le rôle de l’art de tenir le miroir et le montrer à la société. Si nous évaluons notre travail des dernières années, que dit notre art de la société, au sujet du monde que nous habitons, de nous ? Les histoires de qui racontons-nous? La musique de qui dansons-nous ? A qui appartiennent les images que nous exploitons?
Il y a des organisations apparentées aux arts qui abattent un travail digne d’éloges : suivi et dénonciation des atteintes à la liberté d’expression, refuges offerts aux artistes exilés, lutte contre les petites préoccupations nationalistes d’ordre économique et sécuritaires pour la mobilité des artistes…. Mais ces combats sont souvent menés par les managers culturels et les militants de politiques culturelles en lieu et place des artistes. Ma connaissance des artistes me fait comprendre qu’ils se préoccupent peu des problèmes qui se posent au-delà de leur micro-espace artistique, qu’ils n’arrivent à lire et comprendre les questions de dimension nationale et mondiale plus larges dans lesquelles ils évoluent et les contradictions entre leur travail (les obstacles en face) et les forces macro-économiques, politiques et sociales qui affectent directement ou indirectement la production et la distribution de leurs œuvres. Les artistes ne s’intéressent pas aux politiques culturelles et ne font aucun effort pour questionner les conventions internationales et les traités régionaux que signent leurs gouvernements. Ils ont ainsi une compréhension très limitée des possibilités (responsabilités) que cela apporte. Les artistes ne sont portés à remettre le gouvernement en cause que pour chercher des petites récompenses auprès des partis politiques qu’ils croient qu’ils vont les protéger et servir leurs micro-intérêts quand bien même des décennies d’histoire disent le contraire.
Il pourrait s’avérer injuste de reposer la charge énorme de l’ « activisme » sur les épaules d’un secteur qui en est encore à lutter de manière authentique pour obtenir des conditions de travail décentes et régulières. Mais en vérité, il s’agit d’un secteur privilégié. La question est : au service de qui mettrons-nous nos talents, nos portraits publics, notre accès aux médias, nos réseaux, nos ressources et nos opportunités ? Comment les masses populaires, citoyens lambda de l’histoire contemporaine, vont-ils percevoir les artistes ? En dehors de leurs problèmes ?
NB
1. Les points de vue exprimés dans cette chronique relèvent entièrement de son auteur et représentent nécessairement toute organisation à laquelle il appartient.
2. Le destinataire peut transférer cette chronique à un tiers et peut faire l’objet d’une reproduction dans toute publication ou site Internet à condition d’en mentionner l’auteur.
3. Pour tout commentaire ou reaction au contenu de cette chronique, bien vouloir visiter www.mikevangraan.wordpress.com
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