Mike van Graan
Un nombre de choses frappent à l’entrée de Bamako, la capitale du Mali. La première est la majesté du fleuve Niger. Il en irrigue la verdure. Autrement, c’est, gravillonné, poussiéreux et semi-désertique. L’autre réalité est l’esprit d’entreprise des gens dans un pays évidemment pauvre. Chacun essaie de se faire de l’argent en vendant les mangues, du poulet, des meubles locaux, des T-shirt fabriqués en Chine, des transformateurs électriques, ? Par la suite s’élèvent de hauts immeubles et hôtels dont certains portent le nom « Lybia Hotels ». Le dictateur libyen prête son nom à un bâtiment. Encore vide, Kadhafi en est le financier. La structure abritera la cité ministérielle. Deux ponts permettent de traverser le fleuve Niger. Les Chinois en construisent un 3è. .
A number of things strike one on entering Bamako, the capital of Mali. The first is the majestic Niger River responsible for much of the green in an otherwise dusty, gravelly, semi-desert city. Another is the industriousness of the people in an obviously poor country, as everyone is trying to generate even a meagre income selling mangoes, chickens and home-made furniture, or Chinese-manufactured T-shirts, electricity adapters and slip slops. Then there are some incongruously tall buildings and hotels, a number of the latter bearing the name “Libya Hotels”. One garish building is named after the Libyan dictator, Gaddafi, who has funded this – still empty - structure to house the Malian cabinet. There are two bridges across the Niger with a third being built by the Chinese.
En parcourant le marché, le visiteur découvre des affiches fabriquées à la main. Elles prennent la défense de Khadafy. Dans les débats avec les locaux, il va de soi que le capital sympathie de l’ancien
As one walks through the market, there are hand-made posters in defence of Gaddafi, and in conversation with some of the locals, it is clear that there is much sympathy for the one time, wannabe-head of the United States of Africa.
Le Mali est à la tête du classement Mo Ibrahim en matière de gouvernance en Afrique et deuxième excéco au sujet de la liberté de la presse sur le continent. Mais le Mali est l’un des pays les plus pauvres du monde avec un revenu moyen annuel de 600 dollars et classé 160è sur 179 à la barre de l’Indicateur de développement humain. Un pays comme le Mali qui fait des grands pas en matière des droits de l’Homme et des libertés, mais qui est relativement pauvre et a besoin de soutien au développement, devrait-il accepter l’aide des pays dont le bilan en matière de respect des droits de l’Homme est plus que mauvais ?
Mali is ranked in the top half of the Mo Ibrahim Index on Governance in Africa and shares second spot for the best media freedom in Africa. But Mali is one of the poorest countries in the world with an average income of $680 per year and a ranking of 160 (out of 179 countries) on the Human Development Index. Should a country like Mali that is making great strides in human rights and freedoms – but which is relatively poor and in need of development assistance – accept aid from countries with extremely poor records in human rights and media freedom?
Une préoccupation similaire embarrasse des artistes et des organisations culturelles: devraient-ils accepter de l’ « argent sale » qui est en contraste avec leurs valeurs de liberté d’expression et de respect des droits humains fondamentaux ? Les financements servent souvent à acheter la crédibilité, à obtenir un poids politique ou autre, de reconstruire une imagé écornée ou simplement de coopter et de réduire au silence les pensé et pratique critiques.
This is a similar question vexing some artists and arts organisations: should they accept “dirty money” that contradicts their own values of freedom of expression and fundamental human rights? Funding is often used to buy credibility, to buy political or other influence, to boost an image in need of a makeover, or simply to co-opt and mute critical thought and practice.
Alors, les organisations artistiques, les institutions culturelles et les artistes pris comme individus (étant donné qu’ils essaient toujours de survivre et ont le plus souvent besoin de financements) devraient-ils accepter l’assistance en provenance des pays spécialistes de l’abus des droits de l’Homme et capables de mettre un terme à la liberté d’expression artistique au sein de leurs propres frontières ? Jusqu’où peut-on creuser pour déterminer si l’argent est “sale”? Les chroniques L’Arme culturelle précédentes ont mis en relief la manière dont des pays comme la France, le Royaume Uni et l’Allemagne compromettent de plus en plus les droits humains fondamentaux et les principes de la diversité culturelle, notamment le cas des immigrants. Donc, devrait-on accepter les financements de ces pays? Leurs financements ne sont-ils pas enracinés dans la période coloniale répressive, en partie dans les relations néo-coloniales contemporaines et leurs commerces actuels avec des pays qui ne sont pas des lumières en matière de respect des droits de l’Homme ?
So, should arts organisations, cultural institutions and individual artists – given that they often struggle to survive and are more often than not in need of funding – accept support from countries with poor human rights records and that might even suppress artistic freedom in their own countries? How far back does one go to determine whether money is “dirty”? Previous Cultural Weapons have highlighted how European countries like France, the United Kingdom and Germany are increasingly compromising fundamental human rights and principles of cultural diversity, particularly with regard to immigrant communities. So, should funding be accepted from these countries? Is their funding not rooted in the repressive colonial period, partly in contemporary neo-colonial relationships and their current trade with countries that do not have exemplary human rights records?
Et comment les pays occidentaux soutiennent que l’amélioration des droits de l’Homme et de la démocratie, tells que les Etats-Unis, ne sont pas coupables d’abus directs ou indirects de droits de l’Homme, que ce soit sous forme de torture des prisonniers, de guerres illégales (non sanctionnées par les Nations Unies) ou en soutenant des régimes répressifs qui servent leurs intérêts ?
And how many western countries that profess support for human rights and democracy, such as the USA, are not guilty of direct or indirect abuse of human rights whether through the torture of prisoners, illegal wars (not sanctioned by the United Nations) or propping up repressive regimes that serve their interests?
Mais, si les financements étatiques peuvent d’avérer sales, que dire de ceux issus du secteur privé, de ceux en provenance du commerce avec les pouvoirs qui servent la cause des gouvernements qui piétinent les droits de l’Homme, ou qui font des profits de la vente des armes utilisées contre les citoyens, ou à partir de la destruction de l’environnement, ou simplement au moyen d’une exploitation grossière des pratiques ouvrières ou qui accordent la préséance aux bénéfices aux dépens des hommes telles que les enterprises qui refusent les médicaments à coûts réduits qui pour sauver la vie des nécessiteux ? Devrait-on accepter les financements de telles entreprises ? Et que dire des financements plus “propres” des enterprises de cigarettes ou brassicoles qui agissent directement ou indirectement sur la santé et accentuent les problèmes sociaux? Les artistes devraient-ils accepter les financements de la loterie dont certains pensent qu’il s’agit d’une autre forme d’impôt, notamment contre les pauvres?
But if government funding may be dirty, what of funding from the private sector, from those that trade with and so sustain governments that abuse human rights, or who generate profits through weapons that are used for war against citizens, or through environmental destruction or simply through highly exploitative labour practices or who put profits before people such as drug companies who deny cheaper life-saving drugs to people who need them? Should funding be accepted from such companies? And what of more “harmless” funding from tobacco companies or wine companies that impact directly or indirectly on health and social problems? Should artists accept funding from the lottery that some regard as another form of tax, especially on the poor?
La réalité est qu’il très difficile, sinon impossible de trouver de l’”argent propre” dans un monde aussi structurellement et historiquement inéquitable comme le nôtre, fort d’un marché international qui perpétue ces inégalités. Il est probable que tout financemeny soit souillé d’une manière ou d’une autre. Alors, les financements de n’importe quelle origine sont-ils acceptables sur le plan moral simplement parce qu’il est improbable de trouver des financements qui ne soient pas moralement compromis à travers la generation des revenues, les origins et les missions ou les conditions associées ?
The reality is that it is very difficult, if nigh impossible, to find “clean money”, that in a world as structurally and historically inequitable as ours, with the global free market perpetuating these inequities, it is likely that all funding is tainted in some way or another. So then, is funding from any source morally acceptable, simply because it is unlikely to find funding that is not morally compromised through its generation, its source, its role or the associated strings?
Prof Es’kia Mphahlele, un écrivain sud-africain et activiste communautaire de haute estime décédé il y a quelques années avait dit une fois à cet effet que « plus l’argent sale parvient à moi, plus il devient propre ».
Prof Es’kia Mphahlele, a highly respected South African writer and community activist who passed away a few years ago once said to the effect of “the closer dirty money gets to me, the cleaner it becomes”.
C’était une approche praggmatique. Celle qui ne voyait pas le monde comme étant une opposition binaire, mais comme un labyrinthe complexe sur le plan moral. Si l’argent sert à des fins utiles ou pour atteindre un objectif convaincant sur le plan moral, alors cela serait acceptable dans cette approche.
His was a pragmatic approach, one that did not see the world in binary opposites, but as a morally complex labyrinth. If the money is used to achieve a good end or a morally sound objective, then that would be acceptable in terms of this approach.
Des fois, ce sont ceux qui ont le choix, ceux qui disposent de resources, ceux qui, de manière relative, sont à des postes de privilège qui font plus de choix d’ordre “moral” de sorte qu’un pays plus riche puisse refuser les financements de Kadhafi. Mais un pays comme le Mali (soucieux de soustraire de la tutelle économique et politique de l’ancien colonisateur) a peu d’optons. De même, les artistes et les organisations culturelles dotés de grands financements et de revenus divers sont plus à même de prendre des hautes positions morales que n ceux qui ont peu d’accès aux financements internationaux et autres sources (non seulement les riches ont plus d’options, mais ils peuvent aussi s’avérer plus opportunistes à l’instar des artistes de l’Ouest qui ont reçu des cachets énormes pour jouer pour Kadhafi et se contenter de retourner en vitesse ou de faire don à des organisations caritatives après que le commanditaire a orienté ses fusils sur les manifestants libyens.
Les citoyens maliens parlent de la manière dont les travaux de construction de la cité ministérielle en viennent souvent à être suspendus par Kadhafi quand une politique interne ou une prise de position malienne à l’international lui déplaît (l’on est en droit de s’étonner au sujet des dynamiques et des intérêts de la mission de l’Union Africaine actuelle en Libye qui compte le Président malien)
Dans un ordre économique et politique international complexe où les modèles de respect des droits de l’Homme se comptent sur le bout des doigts et une poignée d’exceptions soucieuses de telles valeurs universelles, il est peu probable d’adopter une politique globale capable d’intégrer les financements acceptables et ceux à rejeter. Cela s’apparenterait à savoir si l’artiste pris comme individu ou l’organisation peut vivre des retombées énoncées ou cachées qui accompagnent de tels financements. Une association financée compromettrait-elle son image et l’atteinte de ses objectifs clé ? Compromettrait-elle sa capacité « à dire la vérité au pouvoir en place » et se mette en quelque sorte à la solde de celui-ci ou alors se réduire à l’auto-censure? Cela compromettra-t-il la solidarité avec les artistes des pays bailleurs de fonds ?
En général, il y a un contrat entre un bailleur et le récipiendaire. Il définit les termes et conditions de financements et détermine les attentes du bailleur. Peut-être (du moins que les associations qui ternissent leur image et réputation à cause des financements d’origine douteuse)-les bénéficiaires devraient élaborer l’ébauche qui deviendrait une partie du contrat qui précise leurs valeurs et principes et les conditions dans lesquelles de tels fonds sont acceptés. Par exemple, il faudrait signifier que l’organisation ne modifiera pas ses principes, ses valeurs et ses objectifs et n’aliénera pas son droit à dire la vérité même si un tel pouvoir inclut le bailleur.
NB
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